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« ANCE » : le code du cadenas du naufrage de l’Ann Francis, caché pendant plus de 400 ans, vient d’être percé grâce à un scanner

Par hollowsoul · 8 novembre 2026

Pendant plus de quatre siècles, un petit cadenas de laiton est resté fermé. Quatre molettes, des lettres gravées, un secret que personne ne parvenait à lui arracher sans risquer de l’abîmer. Début novembre 2026, des chercheurs gallois ont enfin trouvé la combinaison : A-N-C-E. Pour y parvenir, ils n’ont pas eu besoin de crochets ni de patience de cambrioleur, mais d’un scanner à rayons X habituellement réservé à l’étude des os.

Derrière cette énigme résolue se cache une histoire de tempête, de contrebande, de pillage et de superstition, au bord d’une plage du sud du pays de Galles, en pleine période élisabéthaine.

Un navire marchand, un armateur contrebandier

Le Ann Francis est un navire marchand anglais. Selon le musée national du pays de Galles (Amgueddfa Cymru), il appartenait à Francis Shaxton, marchand réputé pour ses activités de contrebande. Officiellement, le bateau devait longer la côte est de l’Angleterre, de King’s Lynn à Hartlepool. En réalité, il faisait route dans la direction opposée, vers l’Espagne, avec une cargaison de blé.

Le choix de la destination n’avait rien d’anodin. À l’époque, l’Espagne dépendait des importations de céréales et réglait ces cargaisons en or et en argent venus des conquêtes d’Amérique centrale et du Sud. Un voyage aller risqué, mais potentiellement très lucratif.

La tempête du 28 décembre 1583

Au retour, le soir du 28 décembre 1583, le navire est pris dans une violente tempête. Dérouté, il finit par s’échouer sur la plage de Margam, près de l’actuelle ville de Port Talbot, dans le sud du pays de Galles.

Un registre paroissial mentionne la perte de quatorze marins le même mois. Il pourrait s’agir de l’équipage du Ann Francis, mais le musée emploie le conditionnel : le lien n’est pas établi de façon certaine. Détail troublant de la source : ces morts furent attribuées à l’action d’une prétendue sorcière, ce qui en dit long sur la manière dont les communautés de l’époque expliquaient les catastrophes maritimes.

Pillage, procès et inventaire

Comme souvent avec les épaves de cette période, les habitants furent prompts à se servir. S’ensuivit un conflit juridique sur le droit de propriété des biens échoués. Un seigneur gallois revendiquant l’épave fit dresser l’inventaire de ce qu’il avait fait saisir : des canons, des armes à feu, un morceau de mât, de l’argent espagnol et trois coffres dont les serrures avaient été brisées.

Le musée avance que le cadenas retrouvé aujourd’hui aurait pu protéger l’un de ces coffres. Les coffres eux-mêmes ont disparu depuis longtemps, et personne ne sait ce que le cadenas gardait vraiment. Il s’agit d’une hypothèse raisonnable, pas d’une certitude.

Peter Hughes et la plage de Margam

Une partie de la cargaison a été récupérée à l’époque, le reste a été englouti. Mais au fil des décennies, les tempêtes et les dragages ont de nouveau exposé des objets sur la plage de Margam. Entre 1996 et 2017, le détectoriste Peter Hughes y a mis au jour une grande partie de ce qu’on appelle aujourd’hui le trésor du Ann Francis : pièces d’or et d’argent, pièces espagnoles, poids monétaires.

Le cadenas, lui, a été découvert en 1999 selon la BBC, dans le sable, près d’un lot de pièces d’argent espagnoles jusque-là inconnu. Hughes a expliqué avoir été frappé par la qualité de fabrication et par l’état de l’objet. Les molettes tournaient encore facilement, après plus de quatre siècles sous le sable. Il a tenté pendant des années de trouver la combinaison, sans succès.

Un mécanisme conçu pour décourager les voleurs

Le cadenas, en laiton, est constitué d’anneaux mobiles portant des lettres. Il y a quatre anneaux, chacun comportant six lettres : cela donne 1 296 combinaisons possibles (6 à la puissance 4). Il faut en outre aligner correctement le dispositif avec l’anse située en haut.

Le conservateur Alastair Willis a également souligné un détail qui complique encore la tâche : des lettres supplémentaires, gravées aux extrémités et qui ne bougent pas, n’ont aucun rapport avec le code. Elles semblent avoir été placées là pour égarer un éventuel voleur.

Pourquoi ne pas simplement tester les 1 296 combinaisons ? Parce que le musée, après l’acquisition de l’objet, craignait d’endommager un mécanisme fragile : on entendait du sable ou du gravier bouger à l’intérieur des molettes.

Le scanner qui a tout changé

Le musée a fait appel à des chercheurs de l’université de Cardiff, au sein du Musculoskeletal Biomechanics Research Facility. Leur outil : la micro-tomographie à rayons X (micro-CT), qui produit des milliers de clichés assemblés ensuite en un modèle 3D numérique, sans toucher à l’objet.

Le principe est simple à énoncer : en comparant les encoches internes des anneaux avec les lettres visibles à l’extérieur dans le modèle 3D, l’équipe a pu déduire la position qui libère le mécanisme. Le chercheur David Williams reconnaît que l’équipe utilise habituellement cette technologie pour les os et les structures biologiques : étudier un cadenas de 400 ans était une première pour elle.

Le travail n’a pas été linéaire. Selon les propos rapportés par la BBC, le premier scan avait déjà montré que des lettres étaient visibles, le deuxième s’est très mal passé, et c’est avec le troisième, sur la base d’une approche différente, que le code a été identifié. Williams dit avoir été « soufflé » que cela fonctionne vraiment.

Le cadenas s’est alors ouvert pour la première fois depuis 1583.

ANCE : que veut dire ce code ?

La combinaison, ANCE, n’est pas un mot anglais courant, et c’est précisément ce qui intrigue. Le conservateur Alastair Willis le formule ainsi :

« Nous nous demandons si le code signifiait quelque chose pour son propriétaire. »

À ce jour, aucune source ne propose d’explication documentée. Plusieurs pistes restent ouvertes, mais sans la moindre preuve : un fragment de mot, des initiales, une suite choisie au hasard, ou un simple repère mnémotechnique. Pour un lecteur francophone, ces quatre lettres évoquent la terminaison de « France », mais il s’agit d’une coïncidence de langue qui ne repose sur rien de documenté. Tant qu’aucun document d’époque n’apparaît, mieux vaut s’en tenir à ce constat : le code est résolu, son sens ne l’est pas.

Ce qui est établi, ce qui reste flou

  • Établi : le naufrage du Ann Francis le 28 décembre 1583 sur la plage de Margam ; la découverte du cadenas par Peter Hughes ; l’utilisation du micro-CT par Amgueddfa Cymru et l’université de Cardiff ; le code ANCE ; l’ouverture du cadenas.
  • Hypothétique : que le cadenas ait sécurisé l’un des trois coffres de l’inventaire ; que les quatorze marins du registre paroissial soient l’équipage du navire.
  • Inconnu : ce que le cadenas protégeait ; la signification d’ANCE.

Petite divergence entre les sources à noter : certaines évoquent « plus de 1 000 » combinaisons, d’autres 1 296. Les deux sont compatibles, le second chiffre étant le calcul exact. Le nom du navire apparaît aussi sous les graphies « Ann Francis », « Anne Francis » ou « Anne Frances » selon les articles ; la graphie utilisée par le musée est « Ann Francis ».

Un mystère à moitié résolu

L’affaire est un joli exemple de ce que la science peut apporter à l’archéologie : une technique médicale, détournée de son usage, a résolu en quelques scans ce que des années d’essais manuels n’avaient pas permis. Mais elle rappelle aussi que percer un code n’est pas lire dans une pensée. Quelque part dans l’Angleterre élisabéthaine, quelqu’un a choisi ces quatre lettres, les a alignées et a refermé un coffre. Ce que ce quelqu’un voulait y protéger, et pourquoi il a choisi ANCE, restera sans doute à jamais sous le sable de Margam.

Sources

Unexplained Mysteries, « 400-year-old padlock code mystery has finally been solved », T.K. Randall, 7 novembre 2026 (citant la BBC News).

Live Science, « Cryptic padlock from a 400-year-old shipwreck finally opened — but it leaves a mystery », Patrick Pester, 5 novembre 2026 (citant le communiqué d’Amgueddfa Cymru).

Université de Cardiff, « CT scans help unlock 400-year-old mystery ».

Gizmodo, « 400-Year-Old Shipwreck Padlock Unlocked Using CT Scans ».

Greek Reporter, « Scientists Crack Secret Code of Lock From Treasure-Laden 16th-Century Shipwreck », 5 novembre 2026.

Jerusalem Post, « Welsh experts solve 400-year-old lock recovered from 16th century shipwreck ».

Nation.Cymru, « Scientists crack code of 400-year-old lock found on Welsh shipwreck ».

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