Le 4 septembre 1992, deux hommes quittent un refuge suisse à l’aube, le sac sur le dos, avec pour objectif l’un des sommets de plus de 4 000 mètres les plus fréquentés des Alpes valaisannes. Ils ne redescendront jamais. Pendant trente-quatre ans, la montagne garde le silence. Puis, durant l’été 2026, un randonneur aperçoit quelque chose qui dépasse de la glace. Ce que le glacier restitue alors referme un dossier resté ouvert pendant plus de trois décennies.
Deux Belges, un sommet de 4 017 mètres
Les deux alpinistes s’appellent Marcel Bastyns et Jos Van Deun. Ils sont belges. Au moment de leur disparition, ils ont 39 et 41 ans, ce qui en fait des hommes d’expérience plutôt que de jeunes têtes brûlées. Les sources disponibles ne précisent ni leur ville d’origine, ni leur métier, ni leur niveau technique, et il serait malhonnête de combler ces vides par de l’imagination. On sait en revanche très précisément ce qu’ils avaient prévu de faire.
Leur objectif est le Weissmies, un sommet de 4 017 mètres qui domine la vallée de Saas, dans le sud de la Suisse. C’est l’un des « quatre mille » les plus accessibles du massif, ce qui n’en fait pas pour autant une montagne anodine : comme partout à cette altitude, la météo peut y transformer une belle course en piège en quelques heures.
La dernière journée : du refuge de Weissmies à l’oubli
D’après le récit relayé par ExplorersWeb à partir du communiqué de la police valaisanne, la course commence le 3 septembre 1992. Les deux hommes passent la nuit au refuge de Weissmies, situé à 2 726 mètres d’altitude. Le lendemain, ils repartent tôt. Leur plan est de franchir le sommet du Weissmies, puis de redescendre de l’autre côté jusqu’au refuge d’Almageller, qui était leur étape suivante.
Ils n’y arriveront jamais. Un très mauvais temps s’abat sur le massif pendant leur ascension. Aucun témoin ne les voit plus, aucun appel de détresse n’est rapporté dans les sources consultées. Lorsque l’alerte est donnée, les recherches s’organisent, mais elles ne donnent presque rien : seul un sac à dos est retrouvé. Les deux hommes, eux, demeurent introuvables.
Pendant des années, leur dossier rejoint la liste, longue et discrète, des personnes disparues en haute montagne. La police cantonale du Valais tient d’ailleurs un registre des personnes portées disparues qui remonte à 1925, et la grande majorité de ces cas concernent les sommets et les glaciers.
26 juillet 2026 : un randonneur, de la glace, deux corps
Le 26 juillet 2026, un randonneur progresse sur le glacier de Trift, au-dessus du village de Saas-Grund, dans le Valais. Selon les médias qui ont relayé le communiqué de la police cantonale, il aperçoit des restes humains qui émergent de la glace en fonte et alerte les autorités.
Une opération de récupération est lancée. Les dépouilles sont transportées à l’Institut de médecine légale de l’hôpital du Valais, à Sion. Les enquêteurs procèdent alors à une comparaison de profils ADN, qui aboutit à une conclusion sans ambiguïté. Le communiqué publié par la police le 19 août 2026 l’exprime ainsi :
Une comparaison directe des profils ADN a formellement établi qu’il s’agit de deux alpinistes disparus dans la région du Weissmies en 1992.
Pour les familles, c’est la fin d’une attente de plus de trois décennies. Pour les enquêteurs, c’est la clôture d’un dossier qui semblait, comme tant d’autres, condamné à rester ouvert.
Comment la montagne rend-elle ses morts ?
Une question vient naturellement : comment deux corps disparus en 1992 peuvent-ils réapparaître sur un glacier ? Les sources ne détaillent pas les circonstances exactes de leur mort, et la police n’a pas, à ma connaissance, communiqué de conclusion sur ce point. On peut en revanche rappeler le mécanisme général, bien connu des glaciologues.
Un glacier n’est pas un bloc immobile. La glace s’écoule lentement sous l’effet de son propre poids, de la zone d’accumulation en altitude vers la zone de fonte plus bas dans la vallée. Un corps pris dans la neige ou dans une crevasse, puis recouvert, peut ainsi être transporté pendant des années, voire des décennies, avant de rejoindre la partie basse du glacier où la glace s’amincit. Lorsque la fonte s’accélère, ce qui était enseveli finit par affleurer.
Ce mécanisme explique pourquoi les découvertes de ce genre se multiplient. Le réchauffement climatique accélère le recul des glaciers alpins, et chaque été chaud livre un peu plus de ce que la glace gardait en mémoire.
Une série de découvertes qui s’allonge
L’affaire de Saas-Grund n’est pas un cas isolé. Selon ExplorersWeb, les restes d’un alpiniste disparu en 1994 avaient été découverts l’an dernier près de Zermatt, dans le même canton. D’autres sources rappellent qu’un alpiniste allemand disparu en 1986 avait été identifié par ADN quelques années plus tôt après la découverte de ses restes sur un glacier suisse. Unexplained Mysteries évoque aussi l’épave d’un avion écrasé sur le glacier d’Aletsch en 1968, remise au jour par la fonte.
Chaque annonce reproduit le même schéma : un promeneur, un objet inhabituel dans la glace, puis des années d’incertitude qui se terminent par un test ADN. On devine, derrière ces histoires, qu’il reste probablement d’autres disparus sous la glace des Alpes, simplement en attente que l’été fasse son œuvre.
Ce que l’on sait, et ce que l’on ignore encore
Le dossier Bastyns–Van Deun est « résolu » au sens où l’identité des deux hommes est établie et où leur sort ne fait plus de doute : ils sont morts en montagne. Mais il reste des zones d’ombre que les sources ne comblent pas :
- la cause exacte du décès (chute, avalanche, hypothermie, épuisement dû à la tempête) n’est pas précisée dans les communiqués relayés ;
- on ignore à quel endroit précis de leur itinéraire ils ont été emportés, et par quel cheminement leurs corps ont rejoint le glacier de Trift ;
- l’état des dépouilles et d’éventuels effets personnels retrouvés n’a pas fait l’objet de détails publics, ce qui est d’ailleurs compréhensible par respect pour les familles.
Il n’y a, dans cette histoire, ni phénomène inexpliqué ni mystère paranormal. Le mystère était celui du temps et du silence, et c’est le climat, de manière presque ironique, qui l’a levé.
Un point de vigilance sur les sources
En recoupant les articles, on constate qu’une source populaire du genre mystère, Unexplained Mysteries, situe le glacier de Trift « au sud de Lucerne » et parle d’une disparition vieille de « 30 ans ». Or, d’après le communiqué de la police valaisanne tel que relayé par ExplorersWeb, le glacier concerné se trouve au-dessus de Saas-Grund, en Valais, et la disparition remonte à 34 ans. Le nom « Trift » est par ailleurs porté par plusieurs lieux des Alpes suisses : certains articles illustrent leur récit avec des photos d’un autre site de ce nom, dans l’Oberland bernois. Mieux vaut donc se fier à la formulation de la police pour la localisation.
Une dernière image
Deux hommes quittent un refuge un matin de septembre 1992, en route vers un sommet, puis vers un second refuge qu’ils n’atteindront jamais. Le temps tourne, la tempête arrive, et la suite appartient à la montagne. Trente-quatre ans plus tard, c’est le recul de la glace qui rend un nom à chacun d’eux et, surtout, une réponse à leurs proches. C’est à la fois un soulagement et un rappel : sous les neiges éternelles, il n’y a plus tout à fait d’éternité.
Sources
- ExplorersWeb, « Belgian Climbers Missing Since 1992 Found in Swiss Alps » (21 août 2026), qui relaie le communiqué de la police du Valais du 19 août 2026
- SWI swissinfo.ch, « Saas-Grund: two bodies found after 34 years »
- CBS News, « Bodies of climbers who vanished 34 years ago found on melting glacier in Swiss Alps »
- blue News, « Remains of two climbers missing since 1992 found on the Trift Glacier »
- Unexplained Mysteries, « 30-year-old mystery of two missing climbers has finally been solved » (23 août 2026)
