Share

L’affaire Bryce Laspisa

Par hollowsoul · 26 septembre 2026

Le 30 août 2013, un véhicule accidenté est retrouvé au bord d’une route de montagne, à quelques kilomètres du lac Castaic, en Californie. À l’intérieur, aucune trace de sang alarmante, aucun signe de lutte apparent, mais surtout : aucun conducteur. Le téléphone, le portefeuille et l’ordinateur portable de Bryce Laspisa, 19 ans, étudiant à quelques heures de route de chez ses parents, sont restés à bord. Lui a disparu. Plus de douze ans plus tard, malgré des recherches massives, plusieurs fausses pistes et une enquête toujours officiellement ouverte, personne ne sait ce qu’il est advenu de lui.

Un jeune homme en pleine reconstruction

Bryce David Laspisa naît le 30 avril 1994 dans l’Illinois. Enfant unique de Karen et Michael Laspisa, il grandit à Naperville, dans la banlieue de Chicago, où il est décrit comme un garçon doué pour le dessin et naturellement sociable. En 2012, peu après l’obtention de son diplôme au lycée de Naperville Central, ses parents, tout juste retraités, décident de s’installer en Californie, à Laguna Niguel, dans le comté d’Orange.

Bryce, lui, part de son côté s’inscrire au Sierra College de Rocklin, près de Sacramento, pour y étudier le design graphique et industriel. Sa première année universitaire se déroule sans accroc : bons résultats scolaires, amitié solide avec son colocataire Sean Dixon, relation amoureuse avec une autre étudiante, Kim Sly. L’été 2013, passé chez ses parents en Californie du Sud, ne laisse rien présager de particulier : d’après sa mère, tout semble normal lorsqu’il repart pour la rentrée.

Un été qui bascule

C’est au cours des deux semaines précédant la reprise des cours, à l’automne 2013, que l’entourage de Bryce Laspisa remarque un changement de comportement. Selon Sean Dixon et Kim Sly, le jeune homme devient plus renfermé, plus irritable, sujet à des sautes d’humeur inhabituelles. Kim Sly rapportera plus tard qu’il lui avait avoué consommer du Vyvanse (lisdexamfétamine), un psychostimulant prescrit contre les troubles de l’attention — dont il ne souffrait pas — pour rester éveillé et jouer aux jeux vidéo la nuit. Ce médicament peut, en cas de mésusage, provoquer des effets secondaires sévères, allant de l’anxiété à des épisodes dépressifs ou psychotiques. Sean Dixon confirme cette consommation et ajoute que son colocataire s’était mis à boire de l’alcool fort quotidiennement, jusqu’à deux bouteilles entières certains week-ends.

Le 27 août 2013, Bryce rompt avec Kim Sly par SMS, lui écrivant qu’elle « serait mieux sans lui ». Le même jour, il envoie à Sean Dixon un message inhabituellement solennel — une déclaration d’affection presque testamentaire — et lui offre sa console de jeu. Il donne également une paire de boucles d’oreilles en diamant que sa mère lui avait confiée. Ces gestes, avec le recul, seront interprétés par les enquêteurs comme des signaux d’alarme possibles, sans qu’il soit possible d’en établir la signification exacte : préparatifs d’un départ volontaire, expression d’une détresse psychologique aiguë, ou simple coïncidence.

Le lendemain, 28 août, Sean Dixon, inquiet, appelle Karen Laspisa pour lui faire part de ses craintes. Ce même soir, Bryce se trouve chez Kim Sly, qui, redoutant qu’il ne soit pas en état de conduire, lui a retiré les clés de son véhicule, un Toyota Highlander de 2003 appartenant à sa mère. Bryce appelle alors Karen pour se plaindre de la situation ; celle-ci convainc Kim de lui rendre ses clés et demande à son fils de rentrer se coucher. Elle lui propose de prendre l’avion pour venir le voir, mais Bryce la dissuade, lui promettant de tout lui expliquer le lendemain : « J’ai beaucoup de choses à te dire. » Il quitte l’appartement de Kim Sly vers 23h30.

Un trajet de deux jours semé d’incidents

Ce qui aurait dû être un trajet de trois heures entre Rocklin et Laguna Niguel va s’étirer sur près de deux jours, ponctué d’arrêts inexpliqués et de comportements erratiques.

Vers 1 heure du matin le 29 août, Bryce appelle une nouvelle fois sa mère. Elle pense qu’il l’appelle depuis son appartement, mais les relevés téléphoniques montreront plus tard qu’il se trouvait déjà à environ une heure de route au sud de Rocklin. Vers 9 heures, il tombe en panne d’essence à Buttonwillow, dans le comté de Kern, et fait appel à l’assistance routière de l’assurance familiale. Christian, propriétaire de la station-service Castro Tire and Gas, lui livre trois gallons d’essence. Mais plusieurs heures plus tard, Bryce n’a toujours pas bougé de l’endroit où il s’est arrêté. Alertée, Karen Laspisa demande à Christian de retourner voir son fils : celui-ci le retrouve au même endroit, engage la conversation et parvient à le convaincre de reprendre la route. Bryce repart vers 15 heures.

Sans nouvelles plusieurs heures durant, les parents finissent par signaler sa disparition au bureau du shérif du comté d’Orange. La localisation de son téléphone permet à des policiers du comté de Kern de le retrouver, après 19 heures, à quelques kilomètres seulement de Buttonwillow. L’agent qui l’aborde le décrit comme lucide et avenant, ne relève aucun signe d’intoxication et ne trouve ni alcool ni stupéfiant dans le véhicule lors d’une fouille. Les policiers appellent Karen Laspisa pour la rassurer et mettent Bryce en ligne avec elle ; peu après, Christian confirme aux parents que le jeune homme a repris l’autoroute I-5 en direction du sud.

À 2h08 dans la nuit du 29 au 30 août, Bryce passe son dernier appel connu à sa mère : fatigué, il lui annonce qu’il quitte l’autoroute pour dormir un peu dans ce qu’il décrit comme un quartier résidentiel, sans autre précision de localisation. Karen lui recommande simplement de verrouiller les portières. C’est la dernière fois qu’elle entend la voix de son fils.

La découverte du véhicule accidenté

Des images de vidéosurveillance montreront par la suite qu’à 2h15, plutôt que de simplement se garer pour dormir, Bryce Laspisa emprunte une route d’accès menant vers une zone de loisirs au bord du lac Castaic — une manœuvre qui ne correspond pas à l’explication qu’il venait de donner à sa mère.

Entre 4h20 et 5h15 le matin du 30 août, un agent de la California Highway Patrol découvre le Toyota Highlander familial sur le flanc, au bas d’un talus d’une quinzaine de mètres, près de Main Ramp Road, à proximité du lac Castaic — à environ 150 kilomètres au sud de Buttonwillow et à deux heures de route au nord de Laguna Niguel. La vitre arrière est brisée ou a été retirée ; les enquêteurs estiment que Bryce est sorti du véhicule par l’arrière. Son téléphone, son portefeuille et son ordinateur portable sont retrouvés à l’intérieur ; seuls les vêtements qu’il portait manquent à l’appel. Du sang est relevé sur le pare-brise, mais les enquêteurs concluent qu’il correspond à l’impact de la collision et n’indique pas de blessure mettant sa vie en danger — les capacités physiques nécessaires pour se dégager du véhicule et s’extraire par la vitre arrière suggèrent qu’il était encore parfaitement mobile après l’accident.

L’affaire est transférée de la California Highway Patrol au bureau du shérif du comté de Los Angeles, qui déploie d’importants moyens : bateaux, hélicoptères, plongeurs, chiens pisteurs et volontaires ratissent le lac, ses berges et le terrain accidenté environnant pendant plusieurs jours. Les chiens parviennent à suivre une piste olfactive depuis l’épave jusqu’à un pont, puis jusqu’à une aire de repoussage routier proche — où la trace s’interrompt purement et simplement. Les plongeurs ne trouvent rien dans le lac. Aucun élément ne permet de déterminer dans quelle direction Bryce Laspisa serait parti après avoir quitté son véhicule. Environ trois semaines après sa disparition, les autorités mettent fin aux recherches actives, faute de nouvelle piste exploitable, tout en assurant que l’enquête reste ouverte.

Des pistes qui se referment les unes après les autres

Dans les jours qui suivent, l’hypothèse la plus redoutée par la famille semble se confirmer : le 4 septembre 2013, un corps calciné est découvert près du lac Castaic. Les tests forensiques établiront finalement qu’il ne s’agit pas de Bryce Laspisa, mais de la victime d’un homicide sans lien, un homme de 35 ans nommé Lamondre Deon Miles. Quatre ans plus tard, en 2017, un crâne retrouvé à proximité de la Templin Highway suscite un nouvel espoir de résolution — de nouveau écarté après examen. En 2022, une photographie d’un homme aperçu à Missoula, dans le Montana, dont les traits rappellent ceux de Bryce, circule largement sur les réseaux sociaux et relance brièvement l’attention médiatique ; un enquêteur retrouve l’individu en question et confirme qu’il ne s’agit pas du disparu. Aucune de ces pistes n’a, à ce jour, permis d’avancer.

Que s’est-il passé ? Les hypothèses des enquêteurs

Sans corps, sans témoin de la scène et sans preuve matérielle décisive, l’affaire Laspisa reste officiellement classée comme disparition et non comme homicide, et plusieurs hypothèses continuent de coexister sans qu’aucune ne l’emporte sur les autres.

La première tient à un départ volontaire. Le fait que Bryce ait laissé sur place son téléphone, son portefeuille et son ordinateur — les trois objets qui auraient permis de le localiser ou de l’identifier — a conduit certains enquêteurs et observateurs à envisager qu’il ait cherché à disparaître délibérément, pour échapper à une détresse psychologique, à la honte d’une rupture ou d’un comportement dont il aurait eu honte, ou pour recommencer sa vie ailleurs sous une identité différente. Les gestes des jours précédents — dons d’objets personnels, messages d’adieu à son meilleur ami — sont parfois cités à l’appui de cette lecture, tout en admettant qu’ils pourraient tout aussi bien traduire une crise psychiatrique aiguë sans intention de fuite organisée.

La deuxième hypothèse évoque justement une telle crise : un épisode psychotique déclenché par le mésusage de Vyvanse, ou une dépression sévère liée au sevrage de cette substance, aurait pu le pousser à des comportements dangereux et désorganisés — les longs arrêts immobiles sur le bord de la route, le changement de trajectoire nocturne vers une zone reculée — puis à s’aventurer, une fois sorti du véhicule accidenté, dans un terrain accidenté et mal éclairé où un accident mortel — chute, noyade, hypothermie — serait resté sans témoin et sans trace retrouvée malgré les recherches.

Une troisième hypothèse, moins étayée mais jamais totalement exclue par les enquêteurs, évoque une intervention extérieure : un enlèvement opportuniste après l’accident, par exemple depuis le relais routier où la piste olfactive s’achève. Aucun élément rendu public à ce jour — ni preuve matérielle, ni témoignage — ne vient toutefois corroborer cette piste, qui relève pour l’instant de la spéculation plutôt que de l’enquête documentée.

Face à l’absence de conclusion, la prudence s’impose : aucune de ces explications n’a été confirmée, et le dossier reste, plus de douze ans après les faits, une authentique énigme non résolue.

Une affaire toujours ouverte

Le dossier de Bryce Laspisa demeure entre les mains de la division des affaires criminelles (Homicide Bureau) du bureau du shérif du comté de Los Angeles, bien que le statut officiel reste celui d’une personne disparue. Il figure dans la base nationale américaine NamUs, consacrée aux personnes disparues et aux restes humains non identifiés, ainsi que dans le fichier des personnes disparues du procureur général de Californie. Le National Center for Missing & Exploited Children a diffusé des images de progression d’âge — Bryce aurait aujourd’hui 32 ans. L’affaire a également fait l’objet d’un épisode de la série documentaire américaine Disappeared, diffusé en 2016.

Karen Laspisa continue d’animer une page consacrée à son fils, « FIND BRYCE LASPISA », par laquelle elle diffuse régulièrement des rappels et sollicite tout témoignage susceptible de faire avancer l’enquête. Interrogée plus d’une décennie après les faits, elle résume l’attente qui n’en finit pas : « Il n’y a jamais eu un seul témoignage l’ayant aperçu, et il n’y a pas de conclusion possible. C’est un cauchemar éveillé, chaque jour, de ne pas savoir. »

Toute personne détenant des informations est invitée à contacter le bureau du shérif du comté de Los Angeles au 213-229-1700.

Sources

NBC News / Dateline: Missing in America, « Bryce Laspisa missing from Castaic, California, since August 30, 2013 », septembre 2025.
Wikipedia (anglais), « Disappearance of Bryce Laspisa », consulté en septembre 2026.
All That’s Interesting, « The Haunting Story Of Bryce Laspisa And His Unsolved Disappearance In Southern California », avril 2026.
Los Angeles Times, « Missing student’s family still holding out hope », septembre 2013.
Chicago Tribune / Naperville Sun, articles sur la disparition de Bryce Laspisa, 2013-2015.
KHTS Radio (Hometown Station), « Bryce Laspisa Remains Missing 12 Years Later », août 2023.
Investigation Discovery, Disappeared, saison 7, épisode 3, « Road to Nowhere », avril 2016.

Vous pourriez aussi aimer