Le 19 octobre 2017, dans la nuit hawaïenne, un astronome examine les images d’un télescope de routine et repère un petit point lumineux qui se déplace trop vite. Quelques jours plus tard, le monde entier apprend ce que cela signifie : pour la première fois de l’histoire de l’astronomie, un objet venu d’un autre système stellaire vient d’être surpris en train de traverser notre Système solaire. Il a reçu un nom hawaïen, ʻOumuamua. Il a été qualifié tour à tour de comète, d’astéroïde, d’iceberg d’hydrogène, de fragment de planète déchiquetée, de nuage de poussière et, pour une poignée de chercheurs, de possible artefact technologique.
Neuf ans plus tard, l’objet est à une cinquantaine d’unités astronomiques du Soleil, bien au-delà de l’orbite de Neptune, et aucun télescope existant ne peut plus le distinguer. Pourtant, le débat n’est pas clos. Il a même rebondi à plusieurs reprises, notamment avec l’arrivée de deux autres visiteurs interstellaires, 2I/Borisov en 2019 et 3I/ATLAS en 2025. Cet article revient sur l’enquête scientifique, ses rebondissements, ses querelles et ce que l’on peut raisonnablement affirmer aujourd’hui.

Une découverte presque manquée
ʻOumuamua est repéré le 19 octobre 2017 par l’astronome Robert Weryk, de l’Institut d’astronomie de l’Université d’Hawaï, grâce au télescope Pan-STARRS1 installé au sommet du Haleakalā, sur l’île de Maui. Le détail est important : l’objet a déjà dépassé le Soleil (il est passé au plus près de celui-ci le 9 septembre 2017, à environ 0,25 unité astronomique) et il s’est approché de la Terre à environ 24 millions de kilomètres autour du 14 octobre. Autrement dit, il est découvert alors qu’il est déjà en train de repartir, quelques jours seulement après son passage au plus près de nous. Quelques semaines plus tard, il serait devenu trop faible pour être observé.
Sa trajectoire a immédiatement intrigué. Les objets du Système solaire suivent des orbites elliptiques, liées au Soleil. Celle d’ʻOumuamua est hyperbolique, avec une excentricité d’environ 1,2 : il n’est pas lié gravitationnellement au Soleil et ne reviendra jamais. Il arrivait de la direction approximative de la constellation de la Lyre, près de Véga, et s’éloigne en direction de la constellation de Pégase, à une vitesse de l’ordre de 26 km/s par rapport au Soleil une fois loin de lui.
Dans les jours qui suivent, l’objet est classé comme comète (désignation C/2017 U1), puis requalifié en astéroïde (A/2017 U1) faute de coma visible. Début novembre, l’Union astronomique internationale crée spécialement pour lui une nouvelle catégorie : la lettre « I », pour « interstellaire ». Il devient 1I/2017 U1 (ʻOumuamua). Son nom a été choisi avec l’aide de spécialistes de la langue hawaïenne de l’Université d’Hawaï. Il se prononce approximativement « oh-MOO-ah-MOO-ah ».
« Un messager venu de loin, qui arrive en premier. »
C’est ainsi que l’on traduit généralement le sens du nom hawaïen. Il ne pouvait pas mieux tomber : ʻOumuamua était annoncé comme le premier d’une série.
Ce que les télescopes ont vu pendant quelques semaines
Entre octobre 2017 et janvier 2018, de nombreux instruments, dont le télescope spatial Hubble, ont été braqués sur l’objet, tandis qu’il s’éteignait rapidement. Le bilan, publié notamment dans la revue Nature dès novembre 2017 par l’équipe de Karen Meech, révélait un objet très étrange.
Une forme extrême
La luminosité d’ʻOumuamua variait d’un facteur proche de dix en environ 7,3 heures. Un caillou sphérique ne se comporte pas ainsi. Pour expliquer de telles variations, il fallait un objet fortement allongé, avec un rapport d’axes d’au moins 5 pour 1, peut-être davantage. La presse a retenu l’image du « cigare », souvent reprise à l’époque, et certains textes ont même évoqué une longueur de 800 mètres pour 80 de large. Les estimations de taille ont toutefois beaucoup varié selon la réflectivité supposée de sa surface : on parle de quelques centaines de mètres de long.
Cette image a ensuite été nuancée. Plusieurs modélisations ont montré qu’une forme aplatie, en « galette », pouvait aussi reproduire la courbe de lumière. Une chose est sûre : personne n’a jamais eu d’image résolue de l’objet. Toutes les illustrations que vous avez vues sont des impressions d’artiste.
Un objet qui culbute
Deux équipes ont montré, en 2018, que l’objet ne tournait pas proprement sur un axe, mais qu’il était en rotation « chaotique », ce que les astronomes appellent un mouvement de culbutage (tumbling). Ce type de rotation excitée peut durer très longtemps pour un petit corps et suggère un objet qui a connu, dans son passé, des chocs ou des perturbations.
Une couleur rouge, un spectre sans relief
La surface d’ʻOumuamua était rougeâtre, comme certains petits corps des confins de notre système, et son spectre était dépourvu de signature nette. Aucune molécule n’a été identifiée de façon certaine à sa surface.
Pas de queue, pas de coma
C’est le premier point qui a fait dire à beaucoup qu’il s’agissait d’un astéroïde et non d’une comète : malgré son passage à proximité du Soleil, aucune poussière ni aucun gaz n’ont été détectés autour de lui. Les observations du télescope spatial Spitzer, dans l’infrarouge, n’ont pas détecté non plus d’émission thermique, ce qui a permis de poser des limites strictes sur sa taille et sur un éventuel dégazage de dioxyde de carbone. Rien ne ressemblait à ce que les comètes de notre Système solaire font habituellement.
Premier rebondissement : l’accélération qui ne devrait pas exister
En juin 2018, une équipe menée par Marco Micheli (ESA) et incluant Karen Meech publie dans Nature un résultat qui va tout changer : la trajectoire d’ʻOumuamua ne s’explique pas par la seule gravité du Soleil. Il subit une petite accélération supplémentaire, très faible (de l’ordre de quelques millionièmes de mètre par seconde au carré à une unité astronomique) mais détectée avec une très forte significativité statistique. Cette poussée diminuait avec l’éloignement du Soleil, à peu près comme le ferait une force liée au rayonnement ou au dégazage.
Or, c’est précisément ce que font les comètes : quand la glace se sublime, les jets de gaz agissent comme de minuscules propulseurs. Mais les comètes en question se trahissent par un nuage de gaz et de poussières. Rien de tel autour d’ʻOumuamua. C’est le cœur de l’énigme qui occupe les astrophysiciens depuis : une accélération de comète sans aucun signe de comète.
Deuxième rebondissement : la voile solaire et la question extraterrestre
En novembre 2018, deux chercheurs de Harvard, Shmuel Bialy et Abraham (Avi) Loeb, publient dans The Astrophysical Journal Letters une étude explorant une autre piste : la pression de radiation solaire. Pour qu’elle produise l’accélération observée, il faudrait que l’objet soit extrêmement mince, de l’ordre du dixième de millimètre à quelques dixièmes de millimètre d’épaisseur, une géométrie qui évoque une voile solaire. Les auteurs ont envisagé deux possibilités : un objet naturel de structure très particulière, ou un objet d’origine artificielle.
La presse internationale s’est emparée de la seconde, et le monde a découvert qu’un astronome respecté de Harvard ne se refusait pas à envisager qu’ʻOumuamua puisse être une technologie extraterrestre. La suite de l’histoire a été largement façonnée par cette médiatisation :
En décembre 2017 déjà, avant même cet article, l’initiative Breakthrough Listen avait pointé le radiotélescope de Green Bank (Virginie-Occidentale) sur l’objet pour y chercher d’éventuelles émissions artificielles, sur plusieurs bandes de fréquence. Le résultat est sans appel : aucun signal détecté. Ce résultat n’a pas arrêté le débat, pour la simple raison qu’une absence de signal n’exclut pas un objet inerte ou silencieux.
En 2019, une équipe de quatorze scientifiques réunie par l’Institut international des sciences spatiales (ISSI) a publié dans Nature Astronomy une synthèse concluant qu’aucune donnée n’imposait d’invoquer une origine artificielle, et qu’ʻOumuamua pouvait être expliqué par des phénomènes naturels, même si certains aspects restaient inexpliqués.
En janvier 2021, Avi Loeb publie son livre grand public Extraterrestrial (Le Premier Signe de vie intelligente au-delà de la Terre), qui défend l’idée qu’une origine technologique doit être prise au sérieux. Il lance la même année le Projet Galileo, un programme de recherche à Harvard consacré à la recherche d’objets d’origine possiblement extraterrestre. Il a poursuivi cette approche depuis, notamment avec une expédition en 2023 pour chercher des fragments d’un météore de 2014 (« IM1 ») au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, dont l’interprétation reste très contestée par la communauté scientifique.
Les positions des deux camps sont assez nettes. D’un côté, Loeb et ses soutiens affirment que l’hypothèse artificielle est testable et ne doit pas être écartée par principe. De l’autre, la grande majorité des astronomes estiment que le principe du rasoir d’Occam impose de chercher d’abord une explication naturelle, et reprochent à Loeb de tirer des conclusions fortes à partir de données très limitées.
Les explications naturelles en concurrence
La communauté scientifique n’est pas restée inactive. Plusieurs modèles naturels ont été proposés pour résoudre le triple paradoxe : forme, absence de coma, accélération.
Un agrégat fractal de poussière
En 2019, Flekkøy, Luu et Toussaint ont proposé que l’objet soit un agrégat de poussière extrêmement poreux et de très faible densité, ce qui pourrait expliquer qu’une faible pression de radiation suffise à l’accélérer. Cette piste avait l’avantage d’éviter une structure ultrafine « artificielle », mais elle soulève des questions de solidité d’un tel assemblage face aux contraintes subies lors de son passage près du Soleil.
Un iceberg d’hydrogène
En 2020, Darryl Seligman et Gregory Laughlin proposent que l’objet soit principalement constitué de glace d’hydrogène moléculaire. L’hydrogène se sublimant facilement et de manière invisible, il expliquerait à la fois l’accélération et l’absence de coma. Cette hypothèse a l’avantage d’être élégante. Son inconvénient majeur : on voit mal comment un tel objet pourrait survivre à un voyage interstellaire de plusieurs centaines de millions d’années sans s’évaporer, ni où il se serait formé.
Un fragment de glace d’azote venu d’un « Pluton » exoplanétaire
En 2021, Alan Jackson et Steven Desch, de l’Arizona State University, avancent que l’objet serait un éclat de glace d’azote arraché à la surface d’un corps comparable à Pluton, éjecté lors d’un impact violent dans un autre système stellaire. L’azote solide, qui se sublime lui aussi sans coma notable, pourrait expliquer l’accélération, et l’érosion progressive de l’objet pourrait même expliquer sa forme aplatie. Plusieurs travaux ont depuis contesté la plausibilité de ce scénario, notamment pour des raisons de quantité de glace d’azote disponible dans les systèmes planétaires.
Un débris de planète déchiquetée
Dans une autre piste, publiée dans Nature Astronomy en 2020 par Yun Zhang et Douglas Lin, ʻOumuamua serait un fragment issu de la destruction par effet de marée d’un corps rocheux passé trop près de son étoile. Étirée, puis éjectée, la matière aurait pu former un petit objet allongé. Ce modèle explique bien la forme, un peu moins bien l’accélération.
La solution de 2023 : l’hydrogène produit dans la glace
En mars 2023, dans Nature, Jennifer Bergner (alors à l’Université de Californie à Berkeley) et Darryl Seligman proposent une explication qui part d’un objet normal : une comète de glace d’eau ordinaire, formée autour d’une autre étoile. Pendant des millions d’années de voyage, les rayons cosmiques bombardent la glace d’eau et y fabriquent du dihydrogène, qui reste piégé dans la matrice. En approchant du Soleil, l’objet se réchauffe, la glace se réorganise et libère l’hydrogène, qui agit comme un jet de gaz et accélère l’objet. Comme l’hydrogène est un gaz invisible et que la poussière peut rester piégée dans la glace, aucune coma visible n’est attendue.
Les auteurs ont noté que plusieurs autres comètes de notre Système solaire présentent de petites accélérations non gravitationnelles sans coma observable, ce qui rend le phénomène moins exotique qu’il n’y paraît. La communauté a majoritairement accueilli ce modèle comme le plus cohérent à ce jour, tout en reconnaissant qu’il ne répond pas directement à la question de la forme.
« Les comètes font ça tout le temps », a résumé l’astronome Jane Luu.
Cette réaction illustre bien l’enjeu : si l’on admet ce scénario, ʻOumuamua serait beaucoup moins étrange qu’on ne l’a cru. Avi Loeb a pour sa part contesté le modèle, estimant que le calcul de la température de surface comportait une erreur et que, une fois corrigé, il ne permettait plus d’expliquer l’accélération. Les astronomes Meech, Luu et Bergner reconnaissent cependant un problème de fond : l’objet est parti, et il n’existe plus aucun moyen d’obtenir de nouvelles observations pour départager les théories.
D’où venait-il ?
Autre énigme : l’origine d’ʻOumuamua. Dès 2017-2018, des chercheurs ont tenté de remonter sa trajectoire en arrière dans le temps en utilisant les données de la mission Gaia de l’ESA, pour trouver une étoile candidate dont il aurait pu être éjecté. Plusieurs étoiles ont été proposées, aucune n’est convaincante : les incertitudes sur la trajectoire et le mouvement des étoiles sont trop grandes, et l’objet a pu voyager pendant des centaines de millions d’années, voire plus. Il est donc plus probable qu’il soit un vagabond du milieu interstellaire, sans « adresse » identifiable. Sa vitesse, assez proche de celle de la population stellaire de notre voisinage, ne fournit pas non plus d’indication décisive.
Deux autres visiteurs, deux leçons
2I/Borisov (2019) : une comète sans mystère
Le 30 août 2019, l’astronome amateur Gennady Borisov, depuis la Crimée, découvre un nouvel objet à la trajectoire hyperbolique. Cette fois, il n’y a aucun doute : 2I/Borisov est une comète classique, avec une coma et une queue visibles. Elle s’est révélée particulièrement riche en monoxyde de carbone. Elle a montré que les comètes interstellaires existent et qu’elles ressemblent globalement aux nôtres, ce qui a renforcé les hypothèses d’ʻOumuamua comme un corps de type cométaire, mais exotique.
3I/ATLAS (2025-2026) : la nouvelle polémique
Le 1er juillet 2025, le télescope ATLAS, au Chili, repère un troisième objet interstellaire, 3I/ATLAS, beaucoup plus rapide (de l’ordre de 58 km/s) et plus gros, avec un noyau estimé à quelques kilomètres au maximum d’après les observations de Hubble. Il est passé au plus près du Soleil à la fin octobre 2025 et au plus près de la Terre à la mi-décembre 2025, à environ 1,8 unité astronomique.
Le scénario s’est rejoué presque à l’identique. Dès les premières semaines, Avi Loeb a avancé qu’une origine technologique ne pouvait être exclue, évoquant notamment sa trajectoire et un passage à proximité de Jupiter en mars 2026, qu’il présentait comme une date charnière. Pendant ce temps, la communauté scientifique, appuyée sur les données de Hubble, du JWST et d’autres instruments, concluait qu’il s’agissait d’une comète naturelle, probablement très ancienne. Au printemps 2026, les observations avaient confirmé un comportement globalement cométaire, et les prédictions spectaculaires d’une manœuvre n’avaient pas été confirmées. Les critiques de Loeb y ont vu la confirmation que l’enthousiasme pour l’hypothèse artificielle avait pris le pas sur la prudence ; ses soutiens répondent qu’il est légitime de tester des hypothèses audacieuses sur des objets rares.
Pourquoi on ne tranchera peut-être jamais
Le problème fondamental d’ʻOumuamua tient à un mot : l’unicité. Il a été observé quelques mois à peine, avec des instruments qui n’étaient pas prévus pour cela, puis il s’est évanoui dans l’obscurité. Il n’a jamais été photographié de façon résolue. Il n’existe pas de spectre détaillé de sa composition. Chaque modèle est donc contraint par un très petit nombre de mesures, et plusieurs peuvent rester viables sans qu’aucune expérience puisse les départager.
Plusieurs pistes existent pour éviter que le scénario ne se reproduise.
Premièrement, des projets de mission pour rattraper l’objet. En 2017, l’Initiative for Interstellar Studies a lancé le projet Lyra, une étude de faisabilité. Une étude publiée en 2022 estimait qu’un vaisseau lancé avant 2028 pourrait le rattraper en une vingtaine d’années grâce à une assistance gravitationnelle de Jupiter et à une manœuvre près du Soleil. Aucun programme officiel n’a été financé à ce jour, et les fenêtres de lancement les plus favorables se referment peu à peu.
Deuxièmement, la préparation à intercepter le prochain visiteur. La mission Comet Interceptor de l’ESA, dont le lancement est prévu vers la fin de la décennie, est conçue pour attendre en orbite et se diriger vers une cible fraîchement découverte, qui pourrait être un objet interstellaire si un candidat approprié se présente.
Troisièmement, la détection systématique. L’observatoire Vera C. Rubin, au Chili, qui a débuté ses observations au cours de l’année 2025, est capable de balayer tout le ciel austral de façon répétée. Les estimations varient selon les hypothèses, mais on s’attend à ce qu’il découvre, au fil de dix ans, de quelques-uns à plusieurs dizaines d’objets interstellaires. Avec une telle statistique, ʻOumuamua pourrait enfin être comparé à une population plutôt que de rester un cas isolé.
Bilan : ce qui est établi, ce qui est débattu, ce qui relève de la spéculation
Ce qui est solide. ʻOumuamua est un objet d’origine extérieure au Système solaire, sur une trajectoire hyperbolique. Il est petit (quelques centaines de mètres), de forme très allongée ou aplatie, en rotation chaotique, sans coma détectée. Sa trajectoire présente une légère accélération non gravitationnelle, mesurée avec un fort niveau de confiance. Aucun signal radio artificiel n’a été détecté.
Ce qui est débattu. La cause exacte de l’accélération (dégazage d’hydrogène, glace d’azote, pression de radiation sur une structure très ténue), sa forme exacte, sa composition et son lieu de naissance. Les modèles les plus discutés sont ceux de Bergner et Seligman et, dans une moindre mesure, celui de Jackson et Desch, mais aucun ne fait consensus.
Ce qui relève de la spéculation. L’hypothèse d’une origine technologique repose sur l’idée qu’une explication naturelle satisfaisante n’a pas été trouvée. C’est un argument par défaut, qui perd de sa force à mesure que de nouveaux modèles naturels apparaissent et que d’autres objets interstellaires se comportent comme des comètes ordinaires. Elle reste formellement non réfutable, comme beaucoup d’hypothèses, mais aucun élément positif n’est venu la soutenir : ni signal, ni structure, ni manœuvre.
Une énigme qui a changé l’astronomie
Même sans percer tous ses secrets, ʻOumuamua a changé la discipline. Il a prouvé que des corps venus d’ailleurs traversent régulièrement notre voisinage, sans doute en bien plus grand nombre que ce que l’on supposait, et que nous pouvons enfin les détecter. Il a créé une nouvelle catégorie d’objets célestes. Il a relancé la réflexion sur la formation et l’éjection des petits corps dans les systèmes planétaires. Et il a déclenché un débat sur la manière dont la science doit traiter les hypothèses extraordinaires : comment rester ouvert sans renoncer à la rigueur.
Neuf ans après, le messager venu de loin continue de s’éloigner à plus de cinq unités astronomiques par an, silencieux, vers la constellation de Pégase. Il ne reviendra pas. Les réponses, si elles viennent un jour, viendront du prochain.
Sources consultées
Meech et al., « A brief visit from a red and extremely elongated interstellar asteroid », Nature, novembre 2017.
Micheli et al., « Non-gravitational acceleration in the trajectory of 1I/2017 U1 (ʻOumuamua) », Nature, juin 2018.
Trilling et al., « Spitzer Observations of Interstellar Object 1I/ʻOumuamua », The Astronomical Journal, 2018.
Drahus et al. et Fraser et al., articles sur la rotation chaotique d’ʻOumuamua, Nature Astronomy, 2018.
Bialy et Loeb, « Could Solar Radiation Pressure Explain ʻOumuamua’s Peculiar Acceleration? », The Astrophysical Journal Letters, 2018.
ISSI International Team, « The natural history of ʻOumuamua », Nature Astronomy, 2019.
Flekkøy, Luu et Toussaint, modèle d’agrégat fractal de poussière, The Astrophysical Journal Letters, 2019.
Seligman et Laughlin, « Evidence that 1I/2017 U1 (ʻOumuamua) was composed of molecular hydrogen ice », 2020 (version consultée sur arXiv).
Zhang et Lin, « Tidal fragmentation as the origin of 1I/2017 U1 (ʻOumuamua) », Nature Astronomy, 2020.
Jackson et Desch, hypothèse du fragment de glace d’azote, Journal of Geophysical Research: Planets, 2021.
Bergner et Seligman, « Acceleration of 1I/ʻOumuamua from radiolytically produced H2 in H2O ice », Nature, 22 mars 2023.
Jewitt et Seligman, « The Interstellar Interlopers », Annual Review of Astronomy and Astrophysics, 2023.
Avi Loeb, Extraterrestrial: The First Sign of Intelligent Life Beyond Earth, 2021.
Scientific American, « Was ʻOumuamua, the First Known Interstellar Object, Less Weird Than We Thought? », 2023.
Discover Magazine, « Scientists Are Still Trying to Explain Mysterious Space Object ʻOumuamua’s Odd Behavior », 2023.
Centauri Dreams, « A New Explanation for ʻOumuamua’s Acceleration », 2023.
TechCrunch, articles de décembre 2017 sur l’observation de Breakthrough Listen au radiotélescope de Green Bank.
Universe Today, « If Launched by 2028, a Spacecraft Could Catch up With Oumuamua in 26 Years », 2022, et page Wikipédia du projet Lyra (Initiative for Interstellar Studies).
NeuroLogicaBlog, « What Happened to Comet 3I/Atlas », 24 mars 2026, et synthèses de presse sur 3I/ATLAS fondées sur les données de Hubble, du JWST et de SPHEREx.
