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L’affaire Bishop

Par hollowsoul · 23 septembre 2026

Cinq vies effacées en une nuit, et un fugitif que personne n’a jamais retrouvé.


Le 1ᵉʳ mars 1976, dans le quartier calme et arboré de Bethesda, dans le Maryland, cinq personnes d’une même famille sont assassinées chez elles à coups de marteau. Leurs corps sont ensuite chargés dans une voiture familiale, transportés sur près de 450 kilomètres jusqu’aux forêts de Caroline du Nord, enterrés dans une fosse peu profonde et incendiés. L’homme que les enquêteurs tiennent pour responsable de ce massacre, William Bradford Bishop Jr., diplomate du département d’État âgé de 39 ans, n’a jamais été retrouvé. Cinquante ans plus tard, avant de raconter la traque qui a suivi, il importe de nommer ceux qui sont morts cette nuit-là : Annette Bishop, Lobelia Bishop, et leurs fils William III, Brenton et Geoffrey.

Une famille ordinaire à Bethesda

Au 8103 Lilly Stone Drive, la maison des Bishop ressemble à celle de leurs voisins : deux voitures dans l’allée, un club de tennis à quelques rues, un chien doré endormi sur le perron. Rien, en apparence, ne distingue cette famille des autres foyers de fonctionnaires fédéraux du comté de Montgomery.

Annette Kathryn Weis Bishop a 37 ans. Elle a rencontré William Bradford Bishop Jr. au lycée, à South Pasadena, en Californie, où il était le quarterback de l’équipe de football et elle, meneuse de pom-pom girls. Ils se marient en 1959, l’année où il obtient son diplôme de Yale. Au moment des faits, Annette est étudiante en art à l’université du Maryland : après des années passées à suivre son mari au gré de ses affectations diplomatiques, c’est l’une des premières choses qu’elle construit pour elle-même.

Le couple a trois fils : William Bradford III, 14 ans, Brenton Germain, 10 ans, et Geoffrey Corder, 5 ans. La famille vit également avec Lobelia Amaryllis Bishop, 68 ans, mère de William Bradford Bishop Jr. Veuve d’un géologue, elle avait contribué à l’achat de la maison familiale après la mort de son mari et s’y était installée peu après. C’est elle qui, ce soir-là, revenait de promener le chien de la famille, un golden retriever nommé Leo — le seul être vivant que Bishop épargnera.

La famille pratiquait le sport ensemble et prévoyait, selon les proches interrogés à l’époque, un séjour au ski dans les jours suivants. C’est d’ailleurs cette sortie programmée qui expliquera, dans un premier temps, l’absence prolongée des Bishop aux yeux de leur entourage.

1ᵉʳ mars 1976

La nuit du 1ᵉʳ mars

Ce jour-là, Bishop quitte plus tôt que d’habitude son bureau du département d’État, prétextant un rhume. Il retire plusieurs centaines de dollars sur un compte bancaire, puis s’arrête au centre commercial de Montgomery Mall, où il achète un bidon d’essence de vingt litres et un marteau à panne ronde. Il remplit le bidon ainsi que le réservoir du break familial, une Chevrolet, avant de rentrer chez lui.

Selon les enquêteurs, Annette est la première frappée, alors qu’elle lit, assise au sol. Lobelia est tuée à son tour en rentrant de sa promenade avec Leo. Puis, un par un, les trois garçons sont frappés dans leur sommeil, encore en pyjama. Les cinq victimes meurent des suites de coups portés à la tête.

Les jours précédant le drame, Bishop venait d’apprendre qu’il avait de nouveau été écarté d’une promotion, et traversait, selon un collègue, une période de difficultés financières et de déprime liée à sa carrière. Ces éléments figurent au dossier d’enquête comme contexte, mais aucun ne permet — ni n’a jamais eu vocation à permettre — de rendre compte de ce qui a été fait à cinq personnes cette nuit-là.

Bishop charge ensuite les corps de sa femme, de sa mère et de ses trois fils dans le break familial et prend la route, vers le sud, pour plusieurs heures de trajet.

2 mars 1976

Une fosse dans les bois de Caroline du Nord

Le 2 mars, aux alentours de midi, un garde forestier du nom de Ron Brickhouse est envoyé sur un chemin forestier isolé près de Columbia, en Caroline du Nord, pour un feu signalé sur environ un hectare. Il y découvre cinq corps, déposés dans une fosse peu profonde et incendiés à l’essence.

Les dégâts causés par le feu rendent l’identification immédiatement impossible. À Bethesda, l’entourage des Bishop ne s’inquiète pas encore : le voyage au ski annoncé suffit, dans un premier temps, à expliquer leur absence. Il faudra près d’une semaine aux autorités pour établir le lien entre les restes retrouvés en Caroline du Nord et la famille disparue du Maryland.

Ce même 2 mars, une transaction par carte bancaire est enregistrée dans un magasin d’articles de sport à Jacksonville, en Caroline du Nord, à une centaine de kilomètres du lieu où les corps ont été retrouvés. Le FBI la désigne encore aujourd’hui comme la dernière trace confirmée du passage de Bishop.

Après cela, plus rien.

18 – 19 mars 1976

La disparition et le début d’une traque

Le 18 mars, le break de la famille est retrouvé abandonné dans le parc national des Great Smoky Mountains, au Tennessee, sur une aire de camping isolée d’Elkmont — à environ 400 kilomètres du lieu où les corps avaient été enterrés. Bishop, lui, reste introuvable.

Le 19 mars, un grand jury inculpe William Bradford Bishop Jr. de cinq chefs de meurtre au premier degré. Des poursuites fédérales pour fuite destinée à échapper à la justice s’y ajoutent. Les éléments retenus contre lui incluent sa disparition immédiate, une observation le plaçant à proximité du lieu où les corps ont été retrouvés, ainsi que des traces de sang dans la maison familiale correspondant à ses empreintes et au sang de ses proches.

Son profil rend la traque particulièrement complexe. Diplomate en poste à Milan, en Éthiopie et au Botswana au cours de sa carrière, Bishop parle couramment cinq langues — anglais, français, italien, serbo-croate et espagnol. Randonneur et campeur expérimenté, également titulaire d’une licence de pilote amateur, il dispose, contrairement à la plupart des fugitifs, des compétences nécessaires pour s’installer durablement ailleurs, sous une autre identité.

1978 – 2018

Un demi-siècle de pistes, de rumeurs et d’impasses

Au fil des décennies, les services d’enquête reçoivent des centaines de signalements provenant du monde entier — Espagne, Italie, Suède, Grèce, jusqu’en Russie.

L’un des signalements les plus intrigants provient d’un ancien collègue du département d’État, qui affirme avoir croisé Bishop dans des toilettes publiques à Sorrente, en Italie, en 1978. Reconnaissant son ancien collègue, il lui aurait lancé :

« Aren’t you Brad Bishop ? »— témoignage jamais corroboré par une preuve matérielle

L’homme aurait aussitôt pris la fuite. Ce témoignage n’a débouché sur aucune arrestation.

Les enquêteurs suivent aussi des pistes plus concrètes, sans plus de succès. La dépouille d’un inconnu tué en Alabama en 1981, dont la ressemblance physique avec Bishop avait intrigué les autorités, est exhumée pour un test ADN : l’analyse l’exclut formellement du dossier.

Le 10 avril 2014, à 77 ans, William Bradford Bishop devient la 502ᵉ personne inscrite sur la liste des dix fugitifs les plus recherchés du FBI. Des portraits vieillis par ordinateur sont diffusés et une récompense proposée. Plus de 480 signalements sont examinés dans l’année qui suit son inscription sur la liste — aucun ne mène à lui. Il en est retiré en 2018, le FBI estimant qu’il ne répondait plus aux critères de la liste ; ce retrait ne signifie pas que l’affaire ait été résolue.

Une onde de choc qui continue de se propager

L’affaire Bishop a aussi rattrapé, bien plus tard, une personne qui n’avait rien demandé. Une femme confiée à l’adoption à la fin des années 1950, avant même le mariage de Bishop avec Annette, entreprend une recherche généalogique pour retrouver son père biologique. Grâce à une cousine généalogiste, elle finit par apprendre que cet homme n’est autre que William Bradford Bishop Jr. Elle envisage aujourd’hui de se rendre sur les lieux liés à l’affaire — les bois de Caroline du Nord, le parking d’Elkmont — sans jamais avoir pu, elle non plus, obtenir de réponse sur ce qu’il est devenu.

Aujourd’hui

Où en est l’enquête ?

Né le 1ᵉʳ août 1936, William Bradford Bishop aurait aujourd’hui 90 ans s’il est toujours vivant. Le FBI continue de le rechercher pour fuite destinée à échapper à la justice dans le cadre du meurtre de sa famille. Personne ne sait s’il a réellement fui à l’étranger, s’il a vécu des décennies sous une fausse identité, ou s’il est mort depuis longtemps sans que quiconque n’ait jamais fait le lien.

Ce que l’on sait, en revanche, ne fait aucun doute : dans la nuit du 1ᵉʳ mars 1976, Annette Bishop, 37 ans, Lobelia Bishop, 68 ans, et les trois enfants qu’elles élevaient ensemble — William III, 14 ans, Brenton, 10 ans, et Geoffrey, 5 ans — ont été tués chez eux, avant que leurs corps ne soient transportés à des centaines de kilomètres, enterrés puis brûlés. Cinquante ans après les faits, la question qui domine le dossier reste presque toujours la même : où est passé Bishop ? Elle mérite d’être posée. Mais elle ne devrait jamais faire oublier que cinq personnes, et non un seul homme en fuite, sont au cœur de cette affaire.

Sources

The Lineup, « William Bradford Bishop: The Family Annihilator Who Vanished », par Ashley DeLeon, 11 septembre 2026 (the-line-up.com)

Ghosts of DC, « The Bishop Family Murders: A Bethesda Home, a Foggy Bottom Memo, and a 48-Year Manhunt » (ghostsofdc.org)

NBC Washington / NBC4, « The Hunt for William Bradford Bishop » (nbcwashington.com)

The Seattle Times (archives), « Ex-Official Sought 21 Years After Murders — Five Members Of Family Slain », 1997 (archive.seattletimes.com)

WBIR, « Appalachian Unsolved: The Mass Murderer’s Daughter » (wbir.com)

Association for Diplomatic Studies and Training (ADST), « When Diplomats Kill » (adst.org)

The Mountain Press, chronique de Carroll McMahan sur l’affaire Bishop (themountainpress.com)Dossier compilé à des fins journalistiques — cold case non résolu, FBI.

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