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Burari, 2018 : le matin où onze membres d’une même famille furent retrouvés morts

Par hollowsoul · 18 juin 2026

Une découverte qui ébranle l’Inde

Le 1er juillet 2018, à Burari, une ville située au nord-est de Delhi, Gurcharan Singh sort faire sa promenade matinale habituelle. Son voisin, avec qui il marche chaque matin, est absent. L’épicerie de ce dernier est encore fermée à une heure inhabituellement tardive. Inquiet, Singh se rend au domicile de la famille. La porte d’entrée est ouverte.

Ce qu’il découvre à l’intérieur l’ébranle profondément : sur cette famille de onze personnes issues de trois générations différentes, dix pendent au plafond, les yeux bandés, la bouche bâillonnée et les mains attachées dans le dos. La doyenne de la maison, elle, gît étranglée dans un coin.

En quelques heures, l’affaire se répand dans tout le pays. L’Inde retient son souffle.

La famille Bhatia

La famille Bhatia vivait depuis une vingtaine d’années dans cette maison à trois étages du quartier de Sant Nagar, à Burari, après avoir quitté leur ville natale de Tohana, dans l’État de l’Haryana. Elle tenait une épicerie et un commerce de contreplaqué dans le quartier.

Elle se composait de onze membres répartis sur trois générations : Narayani Devi, la matriarche âgée de 80 ans ; ses deux fils Bhuvnesh (50 ans) et Lalit (45 ans) ; sa fille veuve Pratibha (57 ans) ; les deux belles-filles Savita et Tina ; ainsi que cinq petits-enfants, dont deux adolescents de 15 ans.

Rien, en apparence, ne distinguait cette famille des autres. Travailleurs, sociables, estimés de leurs voisins, les Bhatia ne laissaient rien transparaître de ce qui se tramait derrière leurs murs.

La scène de crime et ses détails glaçants

Dix des onze personnes — deux hommes, six femmes et deux adolescents — furent retrouvées pendues dans la cour intérieure de la maison. Elles étaient les yeux bandés, les bouches scotchées, les oreilles obstruées de coton. Certaines avaient les mains et les pieds liés. Les corps avaient été découverts par groupes de trois.

Leurs visages étaient recouverts de morceaux de tissu découpés dans un seul et même drap de lit. Cinq tabourets avaient été utilisés, vraisemblablement partagés entre les dix membres.

La grand-mère, Narayani Devi, avait été retrouvée morte dans une autre pièce, apparemment étranglée.

Le seul survivant de la maison était Tommy, le chien de la famille, attaché sur la terrasse, qui souffrait d’une forte fièvre lors de sa découverte.

Les carnets : une clé troublante

Lorsque la police fit la découverte d’étranges notes rangées dans un tiroir, cela marqua le début de l’une des enquêtes les plus complexes, étranges et effrayantes que l’Inde ait jamais connues.

Les enquêteurs trouvèrent onze journaux intimes dans la maison, tenus sur une période de onze ans. Des notes manuscrites décrivaient avec précision la manière dont les mains et les jambes devaient être attachées — correspondant exactement à la position dans laquelle les corps avaient été découverts.

L’analyse graphologique révéla que ces carnets avaient été rédigés par Priyanka, la fille de Pratibha, et Nitu, la fille aînée de Bhuvnesh. Mais toutes deux étaient convaincues que ces textes leur étaient dictés par l’esprit du père défunt de Lalit, transmis à travers ce dernier.

Un détail dans les carnets est particulièrement troublant : il y était écrit que « tout le monde attachera ses propres mains et, une fois le rituel accompli, tout le monde s’aidera à se détacher » — ce qui indique que la famille ne s’attendait pas à mourir.

L’emprise de Lalit

En 2007, le père de Lalit, Bhopal Singh, mourut de causes naturelles. Après ce décès, Lalit devint très renfermé. Un jour, il annonça à sa famille qu’il était possédé par l’âme de son père, qui lui transmettait des instructions pour mener la famille vers une vie meilleure.

Lalit est considéré comme le principal instigateur de l’incident. La brigade criminelle est convaincue que c’est lui seul qui attacha les mains et les pieds des membres de la famille. Il leur avait affirmé que l’âme de son père avait pénétré son corps afin d’obtenir leur obéissance.

Les enquêteurs s’appuyèrent également sur des images de vidéosurveillance provenant des commerces situés en face de la maison. Ces images montraient la famille acheter cinq tabourets et des bandages dans des boutiques voisines, objets retrouvés sur les lieux où les corps furent pendus.

Meurtre, suicide ou folie partagée ?

L’affaire suscita immédiatement une polémique sur sa nature profonde. Certains membres de la famille élargie des Bhatia refusèrent catégoriquement la thèse du suicide et réclamèrent une enquête du Bureau central d’investigation, invoquant un meurtre prémédité. Ils soulignaient notamment que si Lalit et sa femme avaient eux-mêmes organisé le rituel, leurs mains n’auraient pas dû être attachées.

Les psychologues proposèrent une autre lecture : ce drame pouvait être attribué à un « trouble psychotique partagé », une pathologie dans laquelle des individus suivent aveuglément les instructions de l’un des leurs. Lalit, selon eux, souffrait vraisemblablement d’un trouble délirant.

Les enquêteurs conclurent finalement qu’il s’agissait d’un suicide collectif perpétré dans le cadre d’un rituel, par une famille souffrant d’un trouble psychologique partagé. Ce phénomène, parfois appelé folie à deux — ou, dans ce cas, folie à onze — décrit la transmission contagieuse d’un délire d’un individu à son entourage proche.

Un drame qui dépasse le fait divers

L’affaire de Burari ne fit pas que traumatiser l’Inde — elle la força à regarder en face des réalités longtemps ignorées. La pression des familles, la hiérarchie silencieuse au sein des foyers, la croyance aux esprits des défunts, et surtout le silence collectif qui peut entourer la maladie mentale : autant de facteurs qui permirent à un tel drame de se construire sur plus d’une décennie, sans que personne, à l’extérieur, ne remarque rien.

Comme le nota la réalisatrice Leena Yadav, qui consacra un documentaire en trois parties à cette affaire pour Netflix : « Quand des choses comme celles-ci arrivent, on oublie que ça vaudrait la peine de creuser davantage, surtout avec un cas aussi exceptionnel. Rien de tel n’a jamais été documenté auparavant par la police. »

Burari n’est pas seulement l’histoire d’une mort collective. C’est l’histoire d’une emprise qui s’est tissée en silence pendant onze ans, au cœur d’une maison ordinaire, au sein d’une famille que tous les voisins décrivaient comme chaleureuse et travailleuse. C’est, peut-être, ce qui la rend si durablement glaçante.


Sources

— Wikipedia, Burari deaths

— VICE France, Arman Khan, Les morts de Burari : quand une famille entière se suicide, octobre 2021

— Gulf News / IANS, Burari deaths closure: Family shared psychological disorder, committed ‘mass suicide’, juillet 2018

— Fox News / AP, Blindfolded, bound bodies found hanging at home in India, juillet 2018

— Netflix, House of Secrets: The Burari Deaths, série documentaire réalisée par Leena Yadav, 2021

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