Des poules qui disparaissent, des coqs de combat envolés, des lapins volatilisés en pleine nuit. Dans la vallée de Juárez, à quelques kilomètres de la frontière américaine, de petits éleveurs disent perdre leurs bêtes aux mains d’un voleur que personne n’a clairement vu. Puis, en octobre 2026, un homme bien connu des amateurs d’ovnis a mis un visage sur ce mystère : celui d’un « prédateur » blanc, longiligne, peut-être humanoïde, peut-être venu d’ailleurs. Cet homme, c’est Jaime Maussan. Et son nom, à lui seul, suffit à diviser.
Une vallée rurale, à la frontière du Texas
La vallée de Juárez est une zone rurale et agricole située dans l’État de Chihuahua, au nord du Mexique, en bordure de Ciudad Juárez et face au Texas. On y trouve des petites exploitations familiales où l’on élève volailles, pigeons, coqs de combat et lapins : des animaux modestes, mais qui représentent un revenu réel pour les familles qui les possèdent.
C’est là, selon le Daily Star, que l’affaire a été signalée au début du mois d’octobre. Les descriptions qui circulent évoquent une créature chauve, à la tête rappelant celle d’un humain, aux longs membres munis de griffes et dotée d’une énorme queue. La presse britannique et française s’en est emparée avec un goût marqué pour le frisson d’Halloween avant l’heure.
La conférence de presse du 17 octobre 2026
Le samedi 17 octobre 2026, Jaime Maussan, 73 ans, journaliste de télévision et ufologue autoproclamé, a tenu une conférence de presse pour présenter ses conclusions. Son équipe affirme que des pièges photographiques automatiques installés dans la vallée ont enregistré les images d’un grand animal blanc, à la queue longue et aux membres imposants.
Maussan s’est dit « complètement impressionné » par l’existence de cet être, qu’il accuse de dévorer poules, pigeons, coqs de combat et lapins. Il a précisé que son équipe comptait installer des caméras et des pièges supplémentaires afin de tenter de le capturer. Sur le danger pour les habitants, il s’est voulu rassurant :
Je ne pense pas qu’il s’attaque aux gens.
Selon lui, le tort serait avant tout économique : c’est aux intérêts de ceux qui vivent dans la vallée que s’en prendrait l’animal.

Les mensurations d’une créature estimée « au mur de briques »
Les chiffres avancés méritent qu’on s’y arrête. D’après Maussan, des mesures comparées à une maçonnerie en briques indiqueraient que l’être mesure environ 1,80 mètre de long (près de six pieds), avec des membres allongés et une queue d’environ 90 centimètres. Lors de la conférence, quatre de ses assistants de recherche ont expliqué avoir estimé sa taille après l’avoir vu grimper sur un mur de briques.
Maussan a décrit la créature comme agile, intelligente et « un peu humaine », marchant sur deux jambes. C’est ici que les comptes rendus divergent : selon la couverture de l’IBTimes, les images montrées ne la font pas marcher debout sur ses pattes arrière, contrairement à ce que suggère l’ufologue. On y voit, en revanche, un animal grimper.
Maussan raconte aussi que son enquête est partie du témoignage d’un garçon, non identifié, qui aurait vu l’animal saisir un poulet par la tête avant de filer dans un arbre.
« Sont-ils venus en vaisseaux ? » La piste interdimensionnelle
Face aux journalistes, l’ufologue s’est interrogé à voix haute : pourquoi cet être est-il apparu là ? Était-ce par des vaisseaux ? Les médias anglo-saxons ont retenu la formule d’un prédateur « venu d’une autre dimension », qui a largement contribué à faire voyager l’histoire. Notons qu’il s’agit d’une interprétation de Maussan, pas d’un constat issu d’une analyse : ni les images ni sa description n’identifient d’espèce, comme le souligne l’IBTimes.
L’ombre de « l’Être de Metepec »
Pour étayer son idée, Maussan a comparé le cas à celui de l’Être de Metepec, une affaire de 2007 : une petite créature glabre, au faciès étrange, présentée comme capturée sur un ranch de Metepec, dans la région de Mexico. Maussan lui a consacré de longues séquences télévisées, évoquant des analyses génétiques et affirmant que l’anatomie de la bête l’éloignait des mammifères et des primates connus. Selon lui, l’animal de Juárez en serait la version adulte.
Le problème, c’est que la suite du dossier Metepec est moins glorieuse. Selon l’IBTimes, l’animal aurait ensuite été identifié comme un singe-écureuil modifié, œuvre d’un taxidermiste local. Cette parenté revendiquée n’est donc pas la meilleure des cartes de visite.
Les autorités locales ne voient rien venir
Autre point de friction : l’absence de remontées officielles. D’après l’El Paso Times, le directeur de la Protection civile de Ciudad Juárez, Sergio Rodríguez, a indiqué que ses services n’avaient reçu aucun signalement sortant de l’ordinaire dans la vallée. De l’autre côté de la frontière, des services de police texans auraient également indiqué n’avoir enregistré aucun incident de ce type.
À ce jour, aucune carcasse, aucun échantillon biologique et aucun ADN rattachés à la créature n’ont été rendus publics. Au stade actuel, l’affaire reste, selon les termes mêmes de la presse britannique, une allégation que l’équipe de Maussan dit encore instruire.
Le chupacabra n’est jamais loin
Un animal glabre, nocturne, qui s’en prend au petit bétail sans qu’on le voie : le scénario ressemble trait pour trait à celui du chupacabra, la légende née dans les années 1990 et répandue à travers l’Amérique latine puis le sud des États-Unis. Dans la majorité des cas examinés, les scientifiques y ont reconnu des canidés (coyotes, chiens, renards) atteints de gale sarcoptique, qui leur fait perdre leurs poils et leur donne une apparence cadavérique.
Cette explication vaut pour de nombreuses affaires anciennes. Mais, comme le rappelle l’IBTimes, elle n’identifie pas pour autant l’animal visible sur les images de Juárez : on ne peut ni la plaquer d’office, ni l’écarter sans examen.
Un historique qui pèse sur la crédibilité
Pour comprendre le scepticisme qui entoure cette affaire, il faut regarder le parcours de Jaime Maussan :
- 2007 : il défend l’authenticité de l’Être de Metepec, lors d’un grand sommet ovni à Mexico.
- 2015 : il dévoile lors de l’événement « Be Witness » ce qu’il présente comme une momie extraterrestre ; le corps est ensuite identifié comme humain, et Maussan refuse de concéder l’erreur.
- 2017 : il participe à l’analyse de momies présentées comme des êtres non humains trouvées au Pérou, qui se sont révélées être des corps d’enfants humains.
- Septembre 2023 : devant le Congrès mexicain, sous serment, il exhibe deux corps censés être « non humains », découverts selon lui au Pérou, et affirme qu’une part de leur ADN serait « inconnue ». Des scientifiques et archéologues péruviens parlent d’une supercherie faite d’ossements assemblés ; l’UNAM, dont il avait invoqué la datation au carbone 14, prend ses distances ; le Pérou ouvre une enquête sur la sortie des restes du pays. Une partie des experts cités lors de l’audience soutient, elle, que les restes appartiennent à un seul squelette non assemblé : le débat n’a jamais été tranché devant l’opinion.
- 2023 : il affirme qu’un objet photographié au-dessus du stade du FC Juárez est un vaisseau d’origine non humaine.
Un scientifique de l’UNAM avait résumé la critique de façon cinglante : Maussan aurait fait de l’idée d’une Terre visitée un fonds de commerce florissant. À l’inverse, ses partisans voient en lui un pionnier qui force les institutions à regarder des phénomènes qu’elles préfèrent ignorer.
Que peut-il bien s’agir ?
En l’état, plusieurs lectures cohabitent :
- Un animal connu, mal photographié. Un coyote ou un chien atteint de gale, un raton laveur, un opossum albinos ou un autre mammifère pâle, dont l’allure est déformée par l’éclairage infrarouge des pièges photo et par l’angle de prise de vue.
- Un animal domestique ou captif échappé. La région n’est pas à l’abri de la divagation de primates ou d’espèces exotiques.
- Une pareidolie collective. Une fois la suggestion « humanoïde » lancée, l’œil tend à voir un torse, un crâne et des jambes là où il n’y a qu’un quadrupède.
- Une mise en scène. Hypothèse que les sceptiques n’écartent pas, au vu des précédents de Maussan.
- Un phénomène réellement inédit. L’interprétation de l’ufologue, qui reste invérifiable tant qu’aucun spécimen n’est examiné.
Ces pistes sont des hypothèses de travail, pas des conclusions : aucune n’a, à ce jour, été confirmée par un examen indépendant.
Ce que l’on sait, ce que l’on ignore
- Établi : Jaime Maussan a présenté, le 17 octobre 2026, des images d’un grand animal clair attribué à des vols d’animaux de ferme dans la vallée de Juárez.
- Revendiqué mais non vérifié : la taille de 1,80 m, la queue de 90 cm, la station debout, l’origine interdimensionnelle, la fuite de certains habitants.
- Contesté : la réalité des attaques, qu’aucun signalement officiel ne vient corroborer côté mexicain comme côté texan.
- Absent : tout élément matériel (cadavre, poils, empreintes, ADN) soumis à une expertise indépendante.
Conclusion : une bête sans nom, un récit déjà écrit
L’affaire de la vallée de Juárez coche toutes les cases d’une légende contemporaine : une frontière chargée d’imaginaire, un animal sans nom, des images floues, un porte-parole médiatique et un parfum de chupacabra. Pour les éleveurs, le sujet est plus prosaïque : des bêtes perdues, donc de l’argent perdu, quelle que soit la responsabilité d’un coyote, d’un chien errant ou d’autre chose. Tant que les caméras et les pièges promis par Maussan n’auront pas livré un spécimen ou une preuve exploitable, le « prédateur » de Juárez restera ce qu’il est aujourd’hui : une silhouette pâle dans la nuit, et une histoire qui avance plus vite que les faits.
Sources
- IBTimes UK : « Mysterious Humanoid Predator Lurking Near US Border Could Be From Another Dimension, UFO Investigator Claims » (octobre 2026)
- IBTimes UK : « Mexico’s Mysterious Hairless Beast Reportedly Snatches Farm Animals as « Chupacabra » Fears Resurface » (octobre 2026)
- Daily Star, relayé par Démotivateur : description de la créature
- El Paso Times, cité par l’IBTimes : réponses de la Protection civile de Ciudad Juárez et des polices texanes
- Cultura Colectiva et Gaia : contexte de l’Être de Metepec (2007)
- AFP, Reuters, The New Daily, The Independent (via Yahoo) : audience du Congrès mexicain du 12 septembre 2023 et controverses associées
