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Zimbabwe : sur le mont Nyangani, des disparitions vieilles de 45 ans toujours sans explication

Par hollowsoul · 11 septembre 2026

Dans les Eastern Highlands du Zimbabwe, à une centaine de kilomètres au nord-est de Mutare, un plateau granitique culmine à 2 592 mètres d’altitude. C’est le mont Nyangani, point culminant du pays, ancien « mont Inyangani » à l’époque coloniale, aujourd’hui intégré au Nyanga National Park. Sur les cartes touristiques, il figure comme une randonnée accessible en une à trois heures de marche pour un visiteur en forme correcte. Dans la mémoire locale, c’est tout autre chose : une montagne que l’on dit capable d’avaler des êtres humains sans laisser la moindre trace, et qui, à intervalles irréguliers depuis au moins les années 1980, redevient le théâtre de disparitions non résolues.

Le cas le plus documenté à l’échelle internationale reste celui du touriste Zayd Dada, porté disparu en janvier 2014 après des recherches mobilisant l’armée, l’aviation et la police zimbabwéennes. Mais les habitants de la région citent d’autres noms, d’autres années, et une tradition orale bien antérieure à cet épisode médiatisé. Cet article se propose de distinguer ce qui relève du dossier factuel — dates, témoignages recoupés, opérations de recherche — de ce qui appartient au folklore shona et manyika, sans hiérarchiser leur intérêt : les deux éclairent, chacun à leur manière, pourquoi cette montagne continue de fasciner et d’inquiéter.

Un relief qui explique déjà beaucoup

Avant d’aborder le mystère, il convient de décrire la montagne elle-même, car sa géographie contient une partie des explications avancées par les secouristes. Le sommet du Nyangani se présente comme un petit éperon rocheux d’une quarantaine de mètres de haut, posé sur un vaste plateau ondulé d’environ 8 km², dont les bords tombent abruptement à l’est comme à l’ouest. La formation géologique combine un socle de grès et un filon-couche de dolérite, cette roche plus dure qui façonne les falaises et les crêtes caractéristiques du massif ; des datations radiométriques situent ce filon dolérite, au nord du sommet, à environ 1 099 millions d’années, dans le cadre du groupe géologique de l’Umkondo.

Trois rivières prennent leur source sur la montagne — la Nyamuziwa, la Gairezi et la Pungwe — et façonnent des gorges profondes, des cascades et des affleurements de granit rendus glissants par une pluviométrie annuelle qui avoisine les 2 200 millimètres. C’est précisément la combinaison de ce relief découpé et d’une météo réputée pour ses retournements brutaux qui rend l’endroit dangereux : plusieurs sources concordantes, dont la notice descriptive de la montagne, rapportent que le brouillard peut réduire la visibilité à moins de 50 mètres en quelques minutes à peine, transformant une randonnée ensoleillée en piège pour quiconque s’écarte du sentier balisé. Des chercheurs ayant étudié les hasards du site attribuent ainsi un certain nombre de disparitions, dont celle des sœurs Masaya évoquée plus loin, à cette conjonction de brouillard soudain et de ravins non signalés plutôt qu’à une cause surnaturelle.

Les disparitions qui ont marqué l’histoire de la montagne

Les sœurs Masaya (1981)

Le cas le plus ancien régulièrement cité par la presse zimbabwéenne remonte à 1981 : les deux filles adolescentes de Tichaendepi Masaya, un ancien ministre des Finances, disparaissent lors d’une randonnée familiale sur le Nyangani. Une recherche de grande ampleur, impliquant des hélicoptères, ne permet de retrouver ni corps, ni effets personnels, ni le moindre indice de lutte ou de chute. L’affaire reste, à ce jour, entièrement non résolue, et elle est devenue la référence obligée de tout article consacré à la montagne — au point que plusieurs récits en ligne, plus tardifs et moins rigoureux, la datent tantôt de 1981 tantôt « de la fin des années 1980 », signe qu’elle a été davantage transmise oralement que documentée avec précision journalistique à l’époque.

Robert Ackhurst et le drame qui a suivi

Toujours dans les années 1980, plusieurs récits concordants mentionnent la disparition d’un écolier de douze ans, Robert Ackhurst, égaré alors qu’il s’était éloigné d’un groupe scolaire en excursion. Aucune trace de l’enfant n’a jamais été retrouvée. Un détail circule dans plusieurs articles zimbabwéens, dont le quotidien The Herald : l’enseignant qui accompagnait la sortie scolaire, submergé par la culpabilité d’avoir perdu un élève dont il avait la responsabilité, se serait suicidé l’année suivante. Ce dernier point, repris par plusieurs médias locaux sans source primaire clairement identifiée, doit être considéré comme un élément de récit non vérifié indépendamment plutôt que comme un fait établi.

Selon plusieurs recoupements, la décennie 1980 aurait compté au moins trois autres disparitions inexpliquées sur la montagne, sans qu’aucune ne soit documentée avec des noms, des dates précises ou des rapports de recherche accessibles. C’est l’un des points faibles récurrents de ce dossier : la plupart des sources s’accordent sur l’existence d’un « pic » de disparitions dans les années 1980, mais peu d’entre elles fournissent des éléments vérifiables au-delà des deux cas cités plus haut.

Zayd Dada, le cas qui a relancé le débat (2014)

Le 4 janvier 2014, Zayd Dada, homme d’affaires zimbabwéen de 31 ans, entreprend l’ascension du Nyangani avec son épouse Neelam et un autre couple. À mi-parcours, fatigués, ses compagnons font une pause pendant que Dada poursuit seul pour profiter du panorama. Il ne redescendra jamais. Passé 16 heures sans nouvelles, ses proches donnent l’alerte ; une équipe de secours est dépêchée le jour même.

Les recherches qui suivent sont d’une ampleur rare pour ce type d’incident : armée, force aérienne et police zimbabwéennes sont mobilisées, épaulées par des grimpeurs professionnels, des pisteurs et des dizaines de volontaires. Des technologies de pointe pour l’époque — cartographie satellite en trois dimensions, scanners infrarouges, hélicoptères équipés de jumelles thermiques — sont déployées pour ratisser gorges et fourrés. Selon un rapport ultérieur, cette recherche méthodique n’a permis de retrouver ni le moindre vêtement, ni chaussure, ni objet personnel, ni aucune trace exploitable, alors même que les prédateurs susceptibles de faire disparaître un corps — les léopards, en particulier — n’étaient plus observés en nombre significatif sur le site depuis des années.

L’affaire prend une tournure locale caractéristique lorsque les chefs traditionnels Saunyama et Tangwena suspendent temporairement les recherches officielles pour organiser des rituels destinés à apaiser les esprits de la montagne, une pratique que la famille du disparu accepte et même sollicite, sans que cela infléchisse le cours des événements. Une rumeur, relayée puis fermement démentie par le frère du disparu et par les autorités, prétend que le chef Saunyama aurait exigé 21 000 dollars pour prêter son concours aux recherches — un exemple révélateur de la manière dont un fait divers dramatique peut aussi générer, en parallèle, sa propre désinformation locale. Après plusieurs semaines de recherches infructueuses et une distribution de tracts dans plusieurs langues à travers la région, les opérations sont formellement levées : Zayd Dada n’a, à notre connaissance, jamais été retrouvé, vivant ou mort.

L’administrateur du district de Nyanga, David Tsatsire, avait alors tenu à recentrer le débat sur les chiffres officiellement enregistrés, rappelant que seules trois disparitions figuraient dans les registres administratifs de la zone : les deux sœurs Masaya et Zayd Dada.

Ceux qui reviennent : les récits de réapparition

Le versant sans doute le plus singulier du folklore du Nyangani ne concerne pas les disparus jamais retrouvés, mais ceux qui reviennent — parfois après plusieurs jours, dans un état que plusieurs témoignages qualifient de « transe ». Le cas le plus souvent cité est celui d’un haut fonctionnaire zimbabwéen qui, jeune homme, se serait égaré durant environ quatre jours sur la montagne en compagnie de deux autres personnes lors d’un pique-nique, dans les années 1980. Selon le récit qu’il en aurait fait plus tard à une journaliste basée à Mutare, il n’aurait eu, à son retour, ni faim, ni signe de déshydratation ou de fatigue — et aurait eu l’impression subjective de n’avoir été absent que quelques heures, alors que ses proches le cherchaient depuis quatre jours.

Ce type de récit — décalage temporel vécu par le disparu, absence de séquelles physiques malgré une disparition prolongée en terrain hostile — appartient à un motif que l’on retrouve dans d’autres traditions de « montagnes qui avalent les gens » à travers le monde, sans qu’aucune trace écrite contemporaine des faits ne vienne ici corroborer le témoignage rapporté a posteriori. Il s’agit, en l’état de nos recherches, d’un récit oral non documenté au moment des faits, à traiter comme tel : ni confirmé, ni infirmé, faute d’archives primaires.

Mbuya Nyangani et les interdits de la montagne

Pour les populations shona et manyika de la région, ces disparitions ne sont pas des anomalies mais la manifestation attendue d’un ordre spirituel bien identifié. La montagne serait gardée par Mbuya Nyangani, littéralement la « Grand-mère de Nyangani », décrite comme l’esprit ou le devi protecteur des lieux, chargée de veiller sur la forêt, de régler le climat et de sanctionner les manques de respect envers le site. Les récits locaux rapportent que des randonneurs qui se seraient moqués de la montagne auraient été « engloutis » par le brouillard, et que quiconque prélèverait une pierre ou une plante sans autorisation risquerait de ne plus jamais retrouver son chemin — une porte dans la roche s’ouvrant, selon la légende, pour les visiteurs respectueux et se refermant pour les profanateurs.

D’autres traditions, rapportées notamment par un chef traditionnel de la région dans la presse zimbabwéenne, remontent plus loin dans l’histoire précoloniale : elles racontent l’alliance entre le chef Nyanga, fondateur de la chefferie, et Chirikutsi, une figure-sirène vivant aux chutes de la Pungwe, alliance qui se serait conclue par l’engloutissement d’une partie de la famille du chef dans les eaux. Un autre récit régional évoque un esprit vindicatif appelé Nhando, né d’un conflit entre un chef nommé Makombe Humba et son gendre, un n’anga (guérisseur traditionnel) redouté pour ses pouvoirs. Ces légendes, dont les versions varient sensiblement d’un narrateur à l’autre — signe classique d’une tradition orale vivante plutôt que d’un texte fixé — convergent toutes vers un même message pratique : la montagne exige le respect, et ce respect se traduit par des interdits précis transmis aux visiteurs, comme éviter les vêtements rouges, s’abstenir de tout comportement grossier ou de toute relation intime sur le site, et ignorer délibérément certains phénomènes inhabituels — un serpent aux couleurs inattendues, une marmite fumante sans feu visible, un lingot d’or apparaissant sur le chemin — considérés comme des pièges tendus par les esprits.

Il est notable qu’aujourd’hui encore, les autorités du parc national elles-mêmes tiennent compte de ces croyances dans la gestion opérationnelle du site : lors de la disparition de Zayd Dada, ce sont des responsables du Zimbabwe Parks and Wildlife Management Authority qui ont validé la tenue de rituels traditionnels en parallèle des recherches scientifiques, signe d’une coexistence assumée entre gestion administrative moderne et cosmologie locale.

2026 : la résurgence d’une hypothèse extraterrestre

Le mont Nyangani a connu un regain d’attention en 2026 à la faveur d’une déclaration faite sur un podcast américain consacré aux phénomènes paranormaux. Lyn Buchanan, ancien praticien du programme gouvernemental américain de vision à distance connu sous le nom de Stargate Project — un programme qui a réellement existé, financé par le renseignement militaire américain des années 1970 à 1995 pour explorer la capacité supposée de certains individus à « percevoir » mentalement des lieux distants — y a affirmé que le Nyangani figurait parmi quatre sites dans le monde identifiés lors de ses séances comme présentant une activité extraterrestre inhabituelle.

Cette déclaration mérite d’être resituée avec précision. D’une part, l’existence du Stargate Project est un fait historique documenté et déclassifié, ce qui explique la crédibilité de surface que peut avoir ce type de témoignage. D’autre part, aucune donnée scientifique ou gouvernementale n’est venue corroborer l’affirmation de Buchanan concernant le Nyangani spécifiquement : il s’agit d’une déclaration orale, non étayée par un document, une image ou un rapport de mission consultable. La vision à distance elle-même n’a jamais été validée par la communauté scientifique ni reconnue comme preuve recevable par une juridiction quelconque, malgré les millions de dollars investis dans son étude par les services de renseignement américains pendant deux décennies. La viralité de cette annonce en ligne s’explique moins par sa solidité factuelle que par la résonance qu’elle trouve avec la réputation préexistante de la montagne — un mécanisme classique de renforcement narratif qu’il convient de nommer comme tel plutôt que de le relayer sans recul.

Ce que disent les secouristes : l’hypothèse la plus sobre

Face à ces explications spirituelles ou exotiques, les spécialistes du sauvetage en montagne avancent un faisceau de causes strictement naturelles, qui n’a rien d’exceptionnel comparé à d’autres massifs dangereux dans le monde. Les Eastern Highlands sont sujettes à des changements météorologiques extrêmement rapides : brouillard dense, pluie verglaçante et vents pouvant atteindre 100 km/h peuvent s’installer en quelques minutes, y compris en pleine saison touristique. Une visibilité réduite à deux mètres n’a, selon ces experts, rien d’anecdotique sur un plateau dépourvu de repères visuels stables, où même des randonneurs expérimentés peuvent se mettre à tourner en rond jusqu’à l’épuisement. À cela s’ajoute un relief particulièrement traître : gorges profondes, granit rendu glissant par l’humidité constante, et la présence des chutes de la Mutarazi, parmi les plus hautes d’Afrique, à proximité immédiate de certains itinéraires.

Cette explication n’a évidemment rien d’incompatible avec le vécu des familles endeuillées, pour qui le mot « accident » ne suffit jamais à combler l’absence de corps et de réponses. C’est précisément dans cet interstice — entre une explication météorologique plausible mais non prouvée cas par cas, faute de restes retrouvés, et un vide qu’il faut bien remplir de sens — que prospèrent depuis un demi-siècle les récits spirituels et, plus récemment, extraterrestres associés au Nyangani.

Un bilan chiffré qui reste flou

Un dernier point mérite d’être souligné pour la rigueur du dossier : le nombre exact de personnes disparues sur le Nyangani varie fortement selon les sources, et cette variation elle-même est révélatrice. L’administration du district de Nyanga n’a longtemps reconnu que trois cas officiellement enregistrés — les deux sœurs Masaya et Zayd Dada. Des articles plus récents, publiés en 2026 dans la presse zimbabwéenne, avancent le chiffre d’au moins huit disparitions documentées sur plusieurs décennies, en précisant eux-mêmes que le total réel est probablement supérieur, dans la mesure où tous les randonneurs égarés, bergers ou écoliers disparus dans la région ne font pas l’objet d’un signalement national. Cet écart entre trois cas « officiels » et une estimation orale à la hausse illustre un phénomène courant dans les affaires de disparitions rurales dans le monde entier : la mémoire collective locale conserve des noms et des circonstances que les statistiques administratives ne capturent jamais entièrement.

Ce que l’on peut affirmer avec certitude, en l’état des sources disponibles, se résume à peu de chose : au moins trois disparitions humaines sur le Nyangani sont solidement attestées par la presse et les autorités zimbabwéennes, aucune n’a été résolue par la découverte d’un corps ou d’indices concluants, et la montagne continue, encore aujourd’hui, d’être approchée avec un mélange de prudence administrative — recommandations de sécurité renforcées après 2014 — et de respect rituel, les deux logiques cohabitant sans que l’une n’ait jamais réussi à effacer l’autre.

Sources

The Herald (Zimbabwe) — plusieurs articles, janvier 2014, dont « Missing tourist’s family, chief dismiss talk of ‘search fee’ », « Tourist still missing », « People eating mountain? »
The Standard / NewsDay Zimbabwe — « Mystery over disappearance of tourist in Nyanga deepens », janvier 2014 ; « A mountain that swallows people », janvier 2014
allAfrica.com — compilation d’articles sur la disparition de Zayd Dada, janvier 2014
Angus Shaw — « New safety rules for hiking on ‘the mountain that swallows people’ »
Pindula — « Mount Nyanga Myths and incidents »
Tinotenda Canaan Samukange — « Unpacking Mt Nyangani mysteries from a foreign perspective (Myth vs Reality) », LinkedIn
ZimEye / Zimbanews / Bulawayo24 — Dr Masimba Mavaza, « Mount Nyangani: Alien Base, Ancestral Spirit, or Mountain of Lost Souls? », 2026
Newsofthesouth.com — « Nyanga Missing Tourist. Is It Coincidence With Significance? »
Heraldonline.co.zw — « Secrets of Nyangani Mountain mystery »
Wikipédia (édition anglophone) — article « Mount Nyangani », données géographiques et géologiques

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