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Une « flotte d’ovnis » sur la Lune ? Ce que révèle vraiment l’étude ukrainienne qui affole les réseaux

Par hollowsoul · 8 août 2026

Début août 2026, une information relayée par le Daily Mail a enflammé les réseaux sociaux : selon une équipe d’astronomes ukrainiens, plus d’une vingtaine d’objets volants non identifiés auraient été filmés en train de sillonner les abords de la Lune, certains atteignant la taille de l’île de Manhattan. Le récit, repris en quelques heures par des dizaines de médias et des comptes influents sur X, évoque une possible « base secrète » extraterrestre sur notre satellite. Mais derrière le titre spectaculaire se cache une étude non validée par la communauté scientifique, portée par une équipe déjà critiquée en interne par sa propre institution il y a quatre ans. Voici ce que l’on sait, en croisant les sources.

Une étude non relue par les pairs, publiée en préimpression

Le point de départ de cette affaire est un article scientifique intitulé « UFO Dynamics on the Moon », mis en ligne en mars 2026 sous forme de préimpression (« preprint »), c’est-à-dire un texte diffusé avant toute relecture par des pairs. Il est signé par trois chercheurs de l’Observatoire astronomique principal de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine (MAO) : Boris Zhilyaev, Vladimir Petukhov et Sergey Pokhvala.

Les auteurs y présentent des enregistrements réalisés à l’aide d’une caméra rapide (20 images par seconde) montée sur un télescope installé à Vinarivka, un village de la région de Kiev. Deux sessions d’observation sont mises en avant : la nuit du 16 août 2025, puis celle du 7 septembre 2025, avec deux séquences distinctes ce jour-là. Sur ces images, l’équipe affirme avoir repéré plus de vingt objets non identifiés, apparaissant sous la forme de points lumineux de quelques pixels à peine près du disque lunaire.

« Atmosphériques » et « continentaux » : deux catégories d’objets

Les chercheurs répartissent leurs observations en deux groupes. Les objets dits « atmosphériques » sembleraient rester quasiment immobiles par rapport à la Lune, tandis que les objets « continentaux » se déplaceraient rapidement à sa surface. Certains, en forme d’anneau, tourneraient sur eux-mêmes en environ trois minutes, ce qui, selon les calculs des auteurs, génèrerait une accélération centrifuge équivalente à environ deux fois la gravité terrestre. D’autres objets atteindraient des vitesses de l’ordre de 11 kilomètres par seconde, soit près de 40 000 km/h, une vitesse comparable à celle des fusées de la NASA lors d’un lancement vers la Lune.

C’est cependant l’estimation des tailles qui a le plus marqué les esprits : en supposant que ces objets se trouvent exactement à la distance de la Lune, les auteurs avancent des diamètres allant de 15 à 25 miles (24 à 40 km) pour les plus grands, certains anneaux atteignant jusqu’à 36 km. L’équipe rapporte également des variations de luminosité et des clignotements qu’elle juge synchronisés entre plusieurs objets, y voyant un indice de comportement organisé plutôt qu’un phénomène naturel.

Leur conclusion, largement reprise dans les titres de presse, tient en quelques mots : les auteurs estiment que la Lune pourrait servir de base à des engins capables de rallier la Terre en une vingtaine de minutes, où ils se manifesteraient sous forme de phénomènes aériens non identifiés (UAP). Ils y voient la possible signature d’une civilisation technologiquement avancée.

Une équipe déjà désavouée par sa propre académie

C’est là que l’affaire prend un tour différent de ce que suggèrent la plupart des relais viraux. Boris Zhilyaev n’en est pas à son coup d’essai. Docteur en sciences physico-mathématiques, il a dirigé jusqu’au début de l’année 2024 le Laboratoire des phénomènes transitoires stellaires du MAO, un poste qui témoigne d’une carrière scientifique bien réelle : un astéroïde porte même son nom, et il continue de publier des travaux classiques de photométrie stellaire à haute vitesse, sans lien avec l’ufologie.

Mais en août 2022, ce même chercheur, accompagné à l’époque de Vladimir Petukhov et du chercheur américain David Tcheng, avait déjà publié une préimpression intitulée « Unidentified Aerial Phenomena I: Observations of Events », affirmant avoir découvert un nouveau type de phénomène aérien non identifié à partir d’une station de surveillance de météores installée à Kiev. Le texte avait suscité une forte attention médiatique et poussé l’Académie nationale des sciences d’Ukraine à réagir officiellement.

Un conseil scientifique de l’Académie avait alors examiné les travaux et rendu un verdict sévère, jugeant le texte pseudo-scientifique dans sa forme comme dans son contenu, truffé d’approximations, de simplifications et de conclusions non justifiées, avec des erreurs importantes dans le calcul des distances et une absence d’analyse d’incertitude. Invité à présenter et défendre son travail lors d’un séminaire interne, Zhilyaev n’aurait apporté aucun élément nouveau et aurait ensuite refusé tout débat public approfondi, invoquant le fait que l’intérêt du grand public ne permettait pas, selon lui, de discuter sereinement de travaux scientifiques.

Le maillon faible : une distance jamais mesurée

Cet antécédent éclaire directement les limites méthodologiques de la nouvelle étude sur la Lune. Le problème central, souligné par plusieurs médias technologiques après la publication du Daily Mail, tient à un postulat de départ : les tailles et vitesses spectaculaires annoncées reposent entièrement sur l’hypothèse que les objets filmés se trouvent exactement à la distance de la Lune, soit environ 384 000 km. Or aucune mesure de parallaxe ni triangulation indépendante ne vient étayer cette hypothèse. Sans confirmation de la distance réelle, les mêmes points lumineux de quelques pixels pourraient tout aussi bien correspondre à des objets beaucoup plus petits et beaucoup plus proches : insectes, oiseaux, avions, satellites, débris, rayons cosmiques impactant le capteur de la caméra, ou simples artefacts optiques. Ce type de scintillement près du disque lunaire est d’ailleurs étudié de longue date par l’astronomie classique sous le nom de phénomènes lunaires transitoires (TLP), généralement attribués à des causes purement terrestres ou instrumentales plutôt qu’à des engins extraterrestres.

À ce jour, aucune image brute des observations n’a été rendue publique, aucun autre observatoire n’a rapporté d’observation similaire au même moment, et aucun astronome indépendant n’a apporté de soutien public aux conclusions de l’équipe ukrainienne.

Comment l’affaire est devenue virale

C’est la publication du Daily Mail, début août 2026, sous le titre évocateur d’une mise en garde scientifique face à une possible base lunaire secrète, qui a propulsé l’histoire hors du cercle restreint des lecteurs de préimpressions. Relayé sur X par le compte du média, le message a cumulé plusieurs millions de vues en quelques jours, avant d’être amplifié par des comptes à forte audience évoquant une « flotte » de vingt engins en forme de disque, dont un « presque aussi grand que Manhattan ». Une note de contexte ajoutée par des utilisateurs de la plateforme a toutefois rapidement précisé que l’affirmation reposait sur une unique préimpression non relue par des pairs, rédigée par trois auteurs ukrainiens, et qu’elle n’avait été ni vérifiée ni validée par la communauté scientifique élargie. Plusieurs médias anglophones ayant repris l’histoire dans la foulée — qu’ils soient spécialisés en technologie ou généralistes — ont adopté un ton nettement plus prudent que le titre initial, rappelant systématiquement l’absence de relecture scientifique et, pour certains, l’épisode de 2022.

Ce qu’il faut retenir

  • L’étude repose sur une préimpression non relue par des pairs, publiée en mars 2026 par trois chercheurs du MAO en Ukraine.
  • Les observations proviennent d’un télescope situé à Vinarivka (région de Kiev), lors de deux nuits d’août et septembre 2025.
  • Les tailles et vitesses spectaculaires annoncées supposent, sans le démontrer, que les objets se trouvent à la distance de la Lune.
  • Le chercheur principal, Boris Zhilyaev, avait déjà vu un précédent travail sur les phénomènes aériens non identifiés qualifié de pseudo-scientifique par l’Académie nationale des sciences d’Ukraine en 2022.
  • Aucune image brute, aucune observation corroborante d’un autre observatoire et aucun soutien de la communauté astronomique indépendante n’ont, à ce jour, été rendus publics.

L’histoire d’une flotte d’ovnis postée à demeure sur la Lune a toutes les caractéristiques d’un emballement médiatique classique : une image saisissante, un titre anxiogène, une diffusion virale sur les réseaux, et un décalage important avec la prudence méthodologique qu’impose normalement la recherche astronomique. Que des phénomènes non expliqués puissent exister près de la Lune reste une question scientifique légitime. Mais quelques pixels flous dans une préimpression non relue par les pairs, signée par une équipe déjà désavouée par sa propre académie, restent, en l’état, très loin de constituer une preuve.

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