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La disparition énigmatique de Ryan Shtuka

Par hollowsoul · 20 septembre 2026

Le trajet ne mesurait que trois cents mètres. Dix à quinze minutes de marche, tout au plus, entre la maison où se terminait une fête et le chalet qu’il partageait avec cinq colocataires. Dans la nuit du 16 au 17 février 2018, à la station de ski de Sun Peaks, en Colombie-Britannique, Ryan Shtuka, 20 ans, ne parcourra jamais cette distance. Plus de huit ans plus tard, malgré des centaines de bénévoles mobilisés, des équipes cynophiles spécialisées et une récompense de 25 000 $, aucune trace de lui n’a jamais été retrouvée.

Un jeune saisonnier venu de l’Alberta

Originaire de Beaumont, en Alberta, Ryan Shtuka arrive à Sun Peaks le 1er décembre 2017 avec son meilleur ami, dans l’idée classique du saisonnier de montagne : travailler l’hiver pour pouvoir skier et surfer le reste du temps. Il décroche un poste d’opérateur de remontées mécaniques pour la station et s’installe dans un chalet partagé avec cinq colocataires, à proximité de Burfield Drive.

Le 16 février 2018 : une soirée ordinaire

Ryan termine son quart de travail vers 19 h. En soirée, il se joint à ses colocataires pour un événement de type « silent disco » dans un pub du village, puis le groupe se déplace vers une fête organisée dans une maison de Burfield Drive, à quelques minutes à peine de leur chalet. Une tempête de neige s’abat sur la région cette nuit-là : le mercure chute à environ -26 °C, tandis que plus d’une quinzaine de centimètres de neige tombent en quelques heures.

Vers 2 h à 2 h 10 du matin, le 17 février, le groupe décide de rentrer. Ryan est alors vu debout, en train d’enfiler son manteau bleu et ses chaussures ; ses colocataires, pensant qu’il les suit de près, sortent de la maison sans l’attendre ni confirmer qu’il était bel et bien derrière eux. Personne ne le revoit sortir. Il porte, selon la description diffusée par la GRC, un jean foncé, un chandail gris clair, un manteau bleu et une casquette bourgogne à l’effigie d’un club de rugby local, la Nor-Wester Athletic Association.

Une absence qui ne colle à rien

Ryan ne rentre pas au chalet cette nuit-là. Il ne se présente pas non plus à son quart de travail le lendemain — un signal d’alarme immédiat pour ses collègues et amis, qui le décrivent comme quelqu’un de fiable. Aucune activité n’est ensuite constatée sur son compte bancaire, ses réseaux sociaux ou son téléphone cellulaire. Un seul signal de son appareil sera capté par une tour cellulaire vers 3 h du matin, situant le téléphone quelque part dans le périmètre du village — sans plus de précision.

La GRC de Kamloops lance rapidement une enquête et des recherches d’envergure : hélicoptère, unités cynophiles, patrouilles au sol. Une semaine après la disparition, la police demande même aux résidents de vérifier leurs remises, garages et véhicules non verrouillés, envisageant que Ryan ait pu s’y réfugier pour se mettre à l’abri du froid. Les premiers répondants et proches évoquent aussi l’hypothèse qu’il ait pu chuter dans un ravin ou une dépression du terrain, rapidement recouverte par la neige tombée ce week-end-là.

Cinq semaines, puis un changement de piste

Cinq semaines après la disparition, sa mère, Heather Shtuka, confie publiquement avoir presque perdu espoir de retrouver son fils vivant, évoquant plus de quatre mètres de neige accumulée et des trous formés autour des arbres, pièges redoutés des zones forestières enneigées. Les recherches initiales se concentrent alors sur le trajet direct entre la maison de la fête et le chalet de Ryan.

Mais un nouvel élément vient rebattre les cartes : un possible témoignage et une relecture de la chronologie de cette nuit-là amènent ses parents à croire que Ryan aurait pu, plutôt, se diriger vers le centre du village pour se procurer de quoi manger — une pizzeria y étant ouverte tard. Les recherches sont alors réorientées vers ce secteur. Devant l’ampleur de la tâche, Heather et Scott Shtuka choisissent de s’installer à Sun Peaks pour coordonner eux-mêmes, sur place, les opérations menées avec des bénévoles venus de Kamloops et de leur Alberta natale.

« Je ne peux pas rentrer chez moi, et Scott non plus. »

, expliquera Heather Shtuka.

Un vide informationnel qui nourrit les rumeurs

Le mutisme relatif de la GRC sur l’avancement du dossier — une posture classique en enquête active, mais difficile à vivre pour une petite communauté — crée ce que des proches appellent un véritable « vide d’information ». Ce vide se remplit rapidement de théories en tout genre : enlèvement, trafic humain, implication dans le commerce de la drogue, attaque animale, et même intervention de médiums, selon la rédactrice en chef du journal local Sun Peaks Independent News, Jean Strong, qui dit avoir vu circuler à peu près toutes les hypothèses imaginables. Certains anciens enquêteurs de la GRC penchent quant à eux pour l’hypothèse d’une mort violente, sans que la police elle-même n’ait jamais écarté ni confirmé la piste criminelle.

Des recherches qui se poursuivent, année après année

Au fil des ans, des équipes de recherche et sauvetage de Kamloops ainsi qu’une équipe spécialisée de détection canine continuent de ratisser le territoire autour de Sun Peaks, chaque fois que les conditions le permettent. Le terrain, toutefois, a considérablement changé en sept ans : la végétation a repoussé, le relief s’est modifié, rendant chaque nouvelle recherche plus complexe que la précédente.

La famille organise chaque février, depuis 2018, une marche aux chandelles ainsi qu’un événement commémoratif, le « Run for Ryan », pour maintenir l’attention du public. En octobre 2023, grâce à un don anonyme de proches de la famille, la récompense offerte pour toute information menant à la résolution de l’affaire passe de 15 000 $ à 25 000 $ — une décision prise malgré les réserves habituelles des services policiers, qui craignent qu’une récompense trop élevée n’attire de faux témoignages plutôt que des informations utiles.

« Ce dossier n’est pas froid »

En août 2025, à l’approche du huitième anniversaire de la disparition, le père de Ryan, Scott Shtuka, tient à corriger une expression qu’il juge inexacte : celle de « cold case ». Selon lui, la GRC continue de considérer le dossier comme une enquête active, et non comme une affaire classée ou abandonnée.

« Ce n’est pas comme ça qu’ils voient les choses. »

, résume-t-il à propos des enquêteurs. Pour Heather Shtuka, maintenir la visibilité de l’affaire reste la seule chose que la famille puisse encore contrôler dans ce dossier qui échappe à toute logique.

Une affaire toujours ouverte

Plus de huit ans après cette nuit de tempête, aucun corps n’a été retrouvé, aucun suspect n’a été identifié publiquement, et la police n’a ni confirmé ni écarté la piste criminelle. Ce qui frappe, dans le dossier Ryan Shtuka comme dans d’autres disparitions similaires survenues en montagne ou aux abords de stations touristiques, c’est le contraste entre la banalité du contexte — une soirée entre amis, une courte marche de retour — et l’absence radicale de la moindre trace matérielle, dans un espace pourtant limité et déjà passé au peigne fin à de multiples reprises.

Sources

CBC News / Radio-Canada, « The weight of silence: Ryan Shtuka’s disappearance continues to haunt B.C. ski resort ».
CBC News, « New information refocuses search for missing Ryan Shtuka ».
Radio-Canada, « Les recherches se poursuivent cinq semaines après la disparition de Ryan Shtuka ».
CFJC Today, « Run for Ryan ski event to commemorate seven years since disappearance » (13 février 2025).
CFJC Today, « Into Thin Air – Ryan Shtuka | Missing ski resort employee’s family steadfast in push to find their son » (15 août 2025).
Sun Peaks News, « Six years later: the search for Ryan Shtuka ».
Global News, « Ryan Shtuka missing: RCMP say 20-year-old could have entered garage, shed or vehicle ».
Sun Peaks Resort, communiqué officiel « Missing Ryan Shtuka ».
Skipboring.com, « Ryan Shtuka, 20, Vanished After Leaving a House Party at a Ski Resort in 2018 ».
StrangeOutdoors.com, « The unsolved disappearance of Ryan Shtuka in Sun Peaks ».

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