Une image discrète, prise il y a près de trois ans dans le cratère Gale, vient de ressurgir sur les réseaux sociaux et de relancer, une fois de plus, le vieux débat sur une éventuelle présence intelligente à la surface de Mars. Au cœur de la controverse : une silhouette sombre, plantée sur deux fines « jambes », que certains observateurs assimilent à un trépied — voire à l’une de ces machines de guerre extraterrestres popularisées par La Guerre des mondes.
Une photographie prise par le rover Curiosity en 2023
Le cliché en question a été capturé par le rover Curiosity de la NASA, actif dans le cratère Gale depuis son atterrissage en 2012. Il s’agit d’un panorama pris le 20 août 2023 vers 18h27 (heure de la côte Est américaine). Dans le coin gauche de l’image apparaît une petite forme sombre, bulbeuse, reposant sur deux appuis fins — un détail qui tranche avec le paysage aride et rocailleux environnant.
Ce qui a intrigué les internautes ne se limite pas à la forme de l’objet. Une image prise quelques instants plus tôt, du même secteur, ne montre absolument rien à cet endroit. Autre élément troublant relevé par les amateurs d’anomalies : cette photographie est la dernière publiée par la NASA pour cette journée martienne, la suivante n’ayant été mise en ligne que près de deux heures plus tard, caméra orientée dans une autre direction. Aucune image officielle ne permet donc de savoir si l’objet s’est déplacé, s’est rapproché du rover, ou s’il n’a tout simplement jamais existé en dehors d’un artefact numérique.

Une image ressurgie grâce aux chasseurs d’anomalies
L’image dormait dans les archives publiques de la NASA jusqu’à ce que la chercheuse indépendante Kari Sivertzen, connue pour éplucher régulièrement l’imagerie des rovers martiens à la recherche d’anomalies, la republie sur X cette semaine. Elle explique repérer occasionnellement des détails qui attirent son attention et se dit convaincue de la possibilité d’une vie extraterrestre, Mars lui semblant un terrain de recherche privilégié depuis que la NASA y a identifié d’éventuelles traces de vie passée.
La publication a rapidement suscité une vague de réactions. Le chercheur martien indépendant Jean Ward est allé plus loin, qualifiant l’objet de possible « UFO en forme de méduse » semblant « interagir avec le sol », avant de le comparer à un trépied rappelant les tripodes de fiction de H. G. Wells. D’autres internautes y ont vu une tour, un dôme ou les vestiges d’une architecture ancienne, quand certains, plus terre à terre, évoquaient simplement un épouvantail ou un artefact photographique.
Ce que privilégient les scientifiques
La NASA ne s’est pas exprimée spécifiquement sur ce cliché. Mais l’agence rappelle régulièrement, face à ce type de découvertes, que des formes isolées et non confirmées par une seconde image correspondent le plus souvent à des artefacts : pixels corrompus, bruit numérique du capteur ou erreurs de compression survenues lors de la transmission des données sur des dizaines de millions de kilomètres. Sans image de confirmation, les ingénieurs de mission traitent généralement ce genre d’anomalie avec la plus grande prudence.
Une hypothèse plus terrestre a également circulé : et si la forme correspondait à l’hélicoptère martien Ingenuity ? L’explication ne tient toutefois pas la route géographiquement, puisque Ingenuity a opéré dans un cratère totalement différent, à plus de 3 200 kilomètres du site où se trouvait Curiosity au moment du cliché.
Le poids de l’histoire : de la « face sur Mars » aux rochers-énigmes
Ce type d’épisode s’inscrit dans une longue tradition. En 1976, la sonde orbitale Viking 1 avait photographié un relief ressemblant à un visage humain sculpté dans la roche martienne — la fameuse « face sur Mars » — avant que des images à plus haute résolution ne révèlent une simple colline façonnée par l’érosion et le jeu des ombres. Depuis, Curiosity et Perseverance ont régulièrement alimenté ce fond de commerce de l’insolite : un rocher en forme d’iguane, une porte de quelques dizaines de centimètres taillée dans la falaise, un objet métallique en forme de chapeau de fête finalement identifié comme une roche façonnée par le vent, ou encore un « missile extraterrestre » qui n’était, selon la NASA, qu’une roche allongée sculptée par l’érosion éolienne.
Le phénomène porte un nom : la paréidolie, cette tendance bien documentée du cerveau humain à reconnaître des formes familières — visages, animaux, structures — dans des motifs aléatoires. Elle explique une grande partie des « découvertes » martiennes virales, sans pour autant clore définitivement chaque dossier, tant les images brutes des rovers restent parfois ambiguës.
Le contexte scientifique récent n’aide pas à calmer les esprits les plus enthousiastes : en septembre 2025, la NASA avait annoncé que le rover Perseverance avait détecté, dans un échantillon prélevé ailleurs sur la planète, les indices les plus probants à ce jour d’une possible vie microbienne ancienne. Les responsables de l’agence avaient toutefois insisté sur le fait qu’aucune preuve d’une vie intelligente, passée ou présente, n’avait été trouvée.
Que retenir ?
À ce stade, le dossier du « trépied martien » repose sur une seule image ambiguë, une minute d’écart inexpliquée entre deux prises de vue, et une absence totale de confirmation officielle. Rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’un artefact technique, d’une simple roche, ou de quoi que ce soit de plus exotique. En l’absence d’un second passage du rover sur cette portion de terrain ou d’une analyse détaillée par les équipes de la NASA, l’affaire restera, comme tant d’autres avant elle, une énigme ouverte — à traiter avec la prudence qu’exige toute preuve extraordinaire.
