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La photographie du géant de Montesilvano : un « lanceur d’alerte » relance une légende ufologique vieille de cinquante ans

Par hollowsoul · 12 août 2026

Un compte X présenté comme celui d’un « whistleblower » ayant reçu des briefings classifiés sur des civilisations extraterrestres vient d’annoncer la « ré-authentification » d’un cliché montrant, selon lui, un humanoïde de près de trois mètres photographié en Italie en 1976. Le nom associé à la photo — Bruno Sammaciccia — n’est pourtant pas inconnu de l’ufologie transalpine : c’est celui du personnage central du « Cas Amicizia », l’une des affaires de contact extraterrestre les plus discutées, et les plus critiquées, de l’après-guerre italien.

Ce que le compte affirme aujourd’hui

Dans sa publication, l’auteur présente une photographie en noir et blanc et en couleur qu’il dit tenir de son propre dossier de « briefing » sur un programme baptisé W-56, né en Italie en 1956. Le sujet du cliché se serait présenté en italien sous le nom de « Dimpietro », surnommé affectueusement « Mr Kenio » par son entourage humain. L’entité mesurerait environ 3,02 mètres, commanderait la « plus grande base extraterrestre au large de la côte adriatique », et proviendrait de la quatrième planète du système d’Altaïr, à moins de 18 années-lumière de la Terre. Bienveillant envers l’humanité, capable de « capter les photons naturellement », il aimerait rire, faire des farces et jouer du violon. Les négatifs originaux seraient conservés dans un coffre bancaire suisse, propriété d’un citoyen helvète resté anonyme.

Aucun de ces détails précis — le prénom « Dimpietro », le système d’Altaïr, le coffre suisse — n’apparaît dans la documentation historique du dossier auquel cette photo est habituellement rattachée. Ils semblent être des ajouts récents à un récit bien plus ancien.

Aux origines du « Cas Amicizia » (1956-1978)

L’histoire commence, selon la version canonique, en 1956 près d’Ascoli Piceno, dans les Abruzzes. Bruno Sammaciccia et deux amis se rendent au château en ruines de Rocca Pia et y font, disent-ils, la rencontre de deux êtres non terrestres, l’un très grand, l’autre très petit. Cette rencontre initiale aurait donné naissance à une relation suivie entre un groupe de contactés italiens — jusqu’à deux cents personnes selon certaines estimations, réparties entre Pescara, Chieti, Montesilvano et Sulmona — et une civilisation extraterrestre baptisée W56, du nom du programme dont elle serait issue. Les contacts, marqués par la découverte alléguée de bases souterraines et par des mises en garde écologiques adressées à l’humanité, se seraient poursuivis pendant environ vingt-deux ans, jusqu’en 1978.

Le principal artisan de la diffusion de cette histoire fut l’ingénieur et universitaire Stefano Breccia, auteur de l’ouvrage Contattismi di Massa, fruit d’entretiens menés auprès d’une quatre-vingtaine de témoins. Breccia, décédé en 2012, n’a laissé aucun matériau nouveau depuis sa mort. Sammaciccia lui-même, présenté tour à tour comme psychologue, théologien et auteur prolifique, est mort en 2003 ; il demeure la figure de proue de l’affaire, celui à qui l’on attribue la fameuse photographie du géant.

Le cliché controversé du jardin de Montesilvano

La photographie que le compte X dit « ré-authentifier » aujourd’hui n’a en réalité rien d’inédit : elle figure, en couleur, à la page 415 de l’ouvrage de Breccia, sous la légende indiquant qu’il s’agit d’« un des W56, photographié dans le jardin de la villa de Bruno ». On y voit un très grand jeune homme en short.

Cette image a fait l’objet de critiques répétées de la part de chercheurs sceptiques. L’une des hypothèses les plus documentées avance qu’il pourrait tout simplement s’agir d’un joueur de volley-ball ou de basket-ball : Montesilvano, ville d’origine de Sammaciccia, disposait précisément à l’époque supposée du cliché d’une équipe de volley réputée. Aucune comparaison sérieuse entre les traits du sujet photographié et ceux des athlètes locaux n’a, à ce jour, permis de trancher la question — pas plus que les négatifs, jamais rendus publics ni soumis à une expertise indépendante, qu’ils dorment ou non dans un coffre suisse.

Une crédibilité déjà entachée par la justice

Le nom de Sammaciccia est également associé à un épisode judiciaire qui pèse lourdement sur la crédibilité de l’ensemble du dossier. En 1997, il fut condamné en première instance, aux côtés de complices, pour escroquerie au préjudice d’un couple de personnes âgées. Selon les pièces du procès, les accusés auraient exploité la détresse psychologique des victimes en leur laissant croire à des dangers de mort et à des maux incurables qu’eux seuls, grâce à des pouvoirs thaumaturgiques et surnaturels, pouvaient soigner — les incitant ainsi à leur remettre des sommes d’argent importantes présentées comme des investissements rémunérateurs. Le jugement, qui fit grand bruit dans la presse abruzzaise de l’époque, condamna les prévenus à des amendes et au remboursement des victimes ; un appel fut ensuite formé. Des chercheurs comme Romano Di Bernardo ont depuis souligné que ce passé judiciaire, loin d’être anecdotique, interroge directement la fiabilité d’un témoin dont les affirmations extraordinaires n’ont jamais été corroborées par une source indépendante.

Un mythe recyclé, une fois de plus

La publication qui circule aujourd’hui ne constitue donc pas une révélation nouvelle, mais la reformulation, enrichie de détails invérifiables et biographiquement précis (nom de l’entité, distance en années-lumière, localisation d’un coffre bancaire), d’un récit vieux de près d’un demi-siècle et déjà largement contesté au sein même de la communauté ufologique italienne. Ni le nom « Dimpietro », ni le système d’Altaïr, ni l’existence d’un coffre suisse ne trouvent de source antérieure à cette republication — ce qui n’empêche pas la photographie de continuer, cycle après cycle, à resurgir comme « preuve » définitive de la vie extraterrestre.

En l’absence de négatifs examinables et face à un témoin principal dont la justice italienne a établi, dans une tout autre affaire, qu’il n’hésitait pas à invoquer de faux pouvoirs surnaturels à des fins financières, la plus grande prudence s’impose face à cette « authentification ».

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