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Le vampire de Highgate : la panique qui a électrisé Londres en 1970

Par hollowsoul · 28 juillet 2026

Au tournant des années 1970, le cimetière de Highgate, au nord de Londres, devient le théâtre d’une histoire aussi étrange que fascinante. Pendant plusieurs mois, la presse locale relaie des témoignages d’apparitions, des animaux retrouvés vidés de leur sang et des chasseurs de vampires amateurs armés de pieux. Cette affaire, restée célèbre sous le nom de « vampire de Highgate », illustre à merveille comment une rumeur peut se transformer en véritable phénomène de société.

Un cimetière déjà chargé d’une réputation sulfureuse

Ouvert en 1839, le cimetière de Highgate est, dès le milieu du XXe siècle, largement laissé à l’abandon. Ses allées envahies par la végétation, ses tombes effondrées et ses mausolées à moitié engloutis par le lierre lui confèrent une atmosphère gothique qui attire naturellement les curieux, les amateurs d’occultisme et les adolescents en quête de sensations fortes. C’est dans ce décor que naît, à la toute fin des années 1960, une série de témoignages troublants rapportés par de jeunes gens qui fréquentaient les lieux la nuit.

Les premiers témoignages

Tout commence véritablement en février 1970, lorsqu’un dénommé David Farrant écrit au journal local, le Hampstead and Highgate Express, pour raconter avoir aperçu une silhouette grise près du cimetière la veille de Noël précédent. Il demande alors si d’autres lecteurs ont vécu une expérience similaire. Les réponses affluent rapidement : un homme grand coiffé d’un haut-de-forme, un cycliste fantomatique, une femme habillée de blanc, un visage grimaçant derrière les barreaux d’un portail, une silhouette entrant dans un étang, ou encore des cloches et des voix mystérieuses. Ces récits, disparates et sans grande cohérence entre eux, suffisent pourtant à alimenter une inquiétude grandissante dans le quartier.

Sean Manchester et la théorie du « roi vampire »

C’est un autre habitant du quartier, Sean Manchester, qui va donner à cette rumeur sa tournure la plus spectaculaire. Le 27 février 1970, il expose dans le même journal une théorie selon laquelle la présence hantant le cimetière ne serait autre qu’un « roi vampire », un noble d’Europe de l’Est ayant pratiqué la magie noire en Roumanie au Moyen Âge. Selon son récit, la dépouille de ce personnage aurait été transportée jusqu’à Londres dans un cercueil au début du XVIIIe siècle par des disciples, avant d’être enterrée sur le terrain qui deviendra plus tard le cimetière de Highgate. Des satanistes modernes auraient, sans le vouloir, réveillé cette entité.

Début mars 1970, la découverte de renards retrouvés exsangues près du cimetière donne un poids inattendu à cette théorie. La presse s’empare de l’histoire, et Manchester, présenté à la télévision comme président de la British Occult Society, devient le visage public de cette chasse au vampire.

La nuit du vendredi 13 mars 1970

L’affaire atteint son point culminant le vendredi 13 mars 1970. La veille, une chaîne de télévision locale a diffusé un reportage sur le mystère de Highgate. Le lendemain soir, des dizaines de personnes venues de tout Londres, certaines armées de pieux de fortune, convergent vers le cimetière avec l’intention d’en découdre avec la créature. Une partie de la foule parvient à forcer l’entrée, provoquant des scènes de chaos dans les allées obscures du cimetière, sous le regard impuissant de la police.

Une rivalité qui tourne à l’affrontement personnel

Si David Farrant n’a, pour sa part, jamais prétendu qu’il s’agissait littéralement d’un vampire suceur de sang, préférant parler d’une présence surnaturelle indéterminée, il n’en devient pas moins l’un des protagonistes centraux de l’histoire. Une rivalité tenace s’installe entre lui et Sean Manchester, chacun revendiquant la traque et la neutralisation de l’entité, chacun accusant l’autre d’incompétence, voire d’imposture, dans la presse locale.

En août 1970, Farrant est arrêté en pleine nuit dans le cimetière, en possession d’un pieu et d’une croix. Il affirme être à la recherche du vampire. D’abord inculpé pour intrusion dans un lieu clos à des fins illégales, il finit par être acquitté : le tribunal estime que le cimetière de Highgate ne constitue pas, au sens strict, un « lieu clos ». Ce sera loin d’être son dernier démêlé judiciaire en lien avec cette affaire.

Exorcismes et poursuite du mystère

De son côté, Sean Manchester affirme avoir localisé la tombe précise du vampire et y avoir procédé à un exorcisme en août 1970. Selon ses propres récits, cette cérémonie n’aurait toutefois pas suffi à mettre fin aux phénomènes, qui se seraient au contraire multipliés dans les mois suivants. Manchester publiera par la suite plusieurs ouvrages détaillant sa version des faits, entretenant le mythe bien après que l’agitation médiatique initiale soit retombée.

L’affaire du vampire de Highgate demeure aujourd’hui un cas d’école pour les folkloristes : elle montre comment une rumeur locale, amplifiée par la presse et par la rivalité de deux hommes en quête de reconnaissance, peut engendrer une véritable légende urbaine en quelques semaines à peine.

Que reste-t-il de cette histoire ?

Des décennies plus tard, la légende du vampire de Highgate continue d’alimenter livres, documentaires et articles. Le folkloriste Bill Ellis en a proposé l’analyse la plus rigoureuse, l’étudiant comme un exemple typique de construction collective d’une légende contemporaine, mêlant rumeur, exagération et effet de mode. La direction du cimetière, pour sa part, a toujours préféré garder ses distances avec cette histoire, davantage associée dans son souvenir aux dégradations de tombes qu’elle a entraînées qu’à un quelconque folklore romantique.

Farrant et Manchester ont poursuivi leur rivalité pendant des décennies, jusqu’à la mort de Farrant, dont le décès a été marqué par un hommage inattendu de son ancien adversaire. Vrai phénomène surnaturel pour les uns, simple hystérie collective savamment entretenue pour les autres, le vampire de Highgate reste, plus de cinquante ans après les faits, l’une des légendes urbaines britanniques les plus étudiées et les plus discutées.

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