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Le mont Shasta, encore une fois au cœur du mystère

Par hollowsoul · 27 juillet 2026

Le mont Shasta, volcan endormi de la chaîne des Cascades dans le nord de la Californie, n’a jamais eu besoin de grand-chose pour alimenter les rumeurs. Considéré depuis plus d’un siècle comme un haut lieu spirituel, il est associé aux légendes de Lemuria, cette civilisation perdue qui aurait bâti sous la montagne la cité souterraine de Telos. Ovnis, apparitions, disparitions inexpliquées : la réputation ésotérique du site n’est plus à faire. Fin du mois dernier, une nouvelle histoire est venue s’ajouter à ce folklore déjà bien fourni, avant de connaître un dénouement aussi inattendu que rassurant.

Une balade à cheval qui tourne à l’étrange

Tout commence lorsque Karrie Ann Snure, habitante de la région, part faire une randonnée à cheval avec sa fille Jordan, non loin de la route 97, près de la localité de Weed. Alors qu’elles rentrent d’une sortie au coucher du soleil, un bruit strident et discontinu commence à résonner dans les arbres. Intriguées plutôt qu’effrayées, les deux cavalières quittent le sentier pour remonter jusqu’à la source du son.

Ce qu’elles découvrent dépasse leurs attentes : plantés dans la terre et dissimulés dans la végétation, des dizaines puis des centaines de petits haut-parleurs Bluetooth alimentés par panneaux solaires. Certains diffusent une sorte de bruit blanc continu, d’autres semblent égrener un enregistrement proche d’un prêche, où revient à plusieurs reprises le mot « salvation ». Selon les estimations de Snure, le site en comptait entre cent et deux cents, disséminés sur toute une portion de colline, sans aucune habitation à des kilomètres à la ronde.

« Quelqu’un est en train d’invoquer quelque chose »

Sous le choc, Karrie Ann Snure filme la scène et publie les vidéos en ligne, où elles sont vues des millions de fois. Son interprétation, sur le moment, est on ne peut plus radicale : elle évoque un rituel d’invocation, jugeant la scène « carrément apocalyptique ». D’après elle-même, l’absence de toute habitation à proximité rendait l’installation d’autant plus déroutante, puisqu’il ne pouvait s’agir d’un dispositif destiné à éloigner un animal d’une propriété.

Les internautes ne se privent pas d’y aller de leur propre théorie. On évoque un appât destiné à attirer Bigfoot, un rituel de sorcellerie perpétré par les fameuses « sorcières du mont Shasta », un dispositif anti-loups, voire un périmètre sonore installé par des cultivateurs de cannabis clandestins pour dissuader les intrus. Certains commentateurs vont jusqu’à parler d’une invocation démoniaque. Karrie Ann Snure elle-même penche d’abord pour une explication plus proche de la mythologie locale : un possible « système de balises lémuriennes », en référence à la légende de la cité souterraine de Telos.

Un repérage plus poussé

Quelques jours plus tard, Snure retourne sur les lieux pour une investigation plus poussée, qu’elle finit par surnommer elle-même la « forêt aux haut-parleurs ». À l’aide de l’application de cartographie OnX, elle confirme que l’installation se trouve sur une propriété privée, jouxtant des terrains appartenant à l’État de Californie. De quoi écarter d’emblée l’hypothèse d’une opération gouvernementale, mais sans lever le mystère sur l’identité de celui ou celle qui avait installé ce dispositif, ni sur ses motivations.

Une explication finalement bien plus paisible

C’est en remontant le fil, grâce à ses contacts locaux, que Karrie Ann Snure parvient finalement à identifier le propriétaire du terrain. Celui-ci, qui a souhaité conserver l’anonymat et ne pas voir la localisation exacte de son installation divulguée, afin d’éviter les intrusions, lui a alors expliqué la nature réelle du projet.

Loin de tout rituel occulte, il s’agirait d’une démarche personnelle et spirituelle : chaque haut-parleur diffuserait en boucle des messages consacrés à la compassion, à la paix dans le monde et, selon certaines versions, au véganisme, dans l’idée de diffuser des pensées positives dans l’environnement alentour. Pris isolément, un seul appareil ressemble effectivement à un sermon murmuré ; mais avec plusieurs centaines d’unités légèrement désynchronisées les unes des autres, l’ensemble se fond en un magma sonore confus, brouillé, presque menaçant, à l’origine de toutes les spéculations des semaines précédentes.

Karrie Ann Snure a par ailleurs tenu à démentir les rumeurs selon lesquelles elle aurait été payée pour garder le silence sur cette affaire, alors que ses vidéos continuaient de circuler largement sur les réseaux sociaux. D’après les derniers éléments rapportés, les haut-parleurs seraient toujours en fonctionnement.

Le mont Shasta, un aimant à légendes

Cette anecdote, aussi banale soit-elle une fois résolue, illustre bien la place particulière qu’occupe le mont Shasta dans l’imaginaire collectif américain. Le récit le plus ancien et le plus tenace remonte à 1904, lorsque le prospecteur britannique J.C. Brown affirme avoir découvert une cité souterraine emplie d’or et de momies sous la montagne. Trente ans plus tard, il organise une expédition pour la retrouver, mais disparaît mystérieusement avant même que le voyage ne débute, laissant l’affaire sans réponse.

Depuis, la montagne cumule les récits en tout genre : théorie de la Terre creuse, apparitions d’êtres humanoïdes d’une taille inhabituelle observant les randonneurs avant de disparaître silencieusement dans la forêt, témoignages de silhouettes lumineuses ou translucides, disparitions de randonneurs jamais élucidées, observations d’ovnis. Pour les tenants du paranormal, la récurrence de ces témoignages, provenant pourtant de personnes n’ayant aucun lien entre elles, suffit à nourrir la conviction qu’il se passe quelque chose d’anormal sur ces flancs volcaniques. Les esprits plus rationnels, eux, y voient davantage un effet de l’isolement, des conditions environnementales et d’un imaginaire collectif façonné par des décennies de récits similaires.

L’épisode des haut-parleurs du mont Shasta n’aura donc pas révélé de cité lémurienne ni de rituel occulte. Mais il rappelle à quel point, sur cette montagne bien particulière, la moindre installation insolite peut, en quelques heures, se transformer en légende.

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