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L’affaire Holloman : quand l’Air Force aurait rencontré des extraterrestres

Par hollowsoul · 25 juillet 2026

Dans le folklore ufologique américain, peu d’histoires ont autant voyagé, mutant à chaque récit, que celle de la « rencontre de Holloman ». Le récit, dans sa version la plus répandue, veut qu’en mai 1971, trois engins non identifiés se soient approchés de la base aérienne de Holloman, au Nouveau-Mexique, que l’un d’eux se soit posé sur le tarmac, et que des militaires américains — parfois assistés d’officiers de la CIA — aient assisté à la sortie de trois créatures humanoïdes. Cette scène, filmée en 16 mm par l’armée, n’aurait jamais été montrée en intégralité au public. Elle circule depuis un demi-siècle sous forme de rumeurs, de témoignages contradictoires et d’extraits de quelques secondes. Que sait-on réellement de cette affaire, et que doit-on à la fabrication d’un récit ?

Un désert déjà chargé d’histoires

Le cadre choisi par la légende n’est pas anodin. Holloman se trouve à proximité du polygone de tir de White Sands et non loin de Roswell, théâtre du crash le plus célèbre de l’ufologie en 1947. La région avait déjà connu, en 1964, l’observation de Lonnie Zamora à Socorro, où un policier affirmait avoir vu un engin et des occupants ayant laissé des traces au sol. Un rapport du Projet Blue Book mentionne même, dès 1950, l’observation par un enquêteur de l’Air Force basé à Holloman d’un objet changeant de couleur dans le ciel. Le Nouveau-Mexique s’était donc, bien avant 1971, imposé comme un point de fixation de l’imaginaire extraterrestre américain — un terreau idéal pour qu’une nouvelle légende y prenne racine.

La genèse : un documentaire, pas un dossier militaire

L’origine de l’affaire Holloman n’est pas un rapport d’incident, mais un projet de film. Au début des années 1970, le réalisateur californien Robert Emenegger et son associé Allan Sandler sont invités par les services de renseignement américains à la base de Norton, en Californie, pour discuter d’un documentaire sur le phénomène OVNI. On leur aurait alors évoqué l’existence d’un film tourné à Holloman montrant l’atterrissage d’un engin et la sortie de trois êtres. Emenegger affirmera par la suite que l’armée lui avait promis l’accès à ce métrage complet, avant de ne lui en livrer que huit secondes, finalement intégrées à son documentaire UFOs: Past, Present, and Future, diffusé en 1974 et narré par Rod Serling, la voix de La Quatrième Dimension.

C’est cette séquence de quelques secondes, mise en scène avec le sérieux documentaire propre à l’époque, qui a servi de socle à toutes les reconstitutions ultérieures. Aucun rapport du Projet Blue Book — qui a instruit les signalements d’OVNI jusqu’à sa fermeture en 1969 — ne mentionne un atterrissage à Holloman. Les historiques officiels de la base, consacrés pour l’essentiel à l’entraînement de pilotes de chasse sur F-4 Phantom et F-111, et aux essais d’armement, ne comportent eux non plus aucune trace de l’événement.

Des témoignages qui s’ajoutent, se contredisent, se recyclent

Au fil des décennies, plusieurs témoins se sont greffés au récit initial, sans jamais totalement s’accorder sur la date ni les détails. En 1988, lors d’une émission télévisée, un certain Richard Shartle affirme avoir vu le film de 16 mm : selon lui, on y voyait trois engins en forme de disque, dont l’un se posait tandis que les deux autres repartaient, une porte s’ouvrait, et trois êtres de la taille d’un humain, à la peau grise et au nez proéminent, en sortaient.

D’autres versions du récit avancent le témoignage du sergent Charles Moody, technicien aéronautique de l’Air Force, qui aurait vécu sa propre rencontre en août 1971 près de la base — un épisode souvent amalgamé, dans les récits populaires, à l’affaire Holloman proprement dite, alors qu’il s’agit à l’origine d’un cas distinct. Plus tard encore, certains évoquent la présence d’êtres surnommés les « Tall Whites », rattachés par un ancien technicien à la base voisine de Nellis. Chaque nouvelle couche narrative reprend les grandes lignes du film de 1974 tout en y ajoutant des détails inédits, un procédé caractéristique de la manière dont les légendes ufologiques s’enrichissent au contact des reprises médiatiques.

Plus récemment, le réalisateur James Fox, connu pour ses documentaires sur le phénomène OVNI, a relancé l’affaire en affirmant qu’un métrage intégral existerait toujours dans les archives gouvernementales, montrant la totalité de la scène. Cette affirmation, comme les précédentes, repose sur des propos rapportés plutôt que sur un document produit ou consulté.

Et la CIA, dans tout cela ?

La présence de la CIA, souvent citée dans les versions grand public de l’histoire, mérite d’être nuancée. Ce sont des officiers du renseignement militaire qui, selon Emenegger, l’ont convié à Norton pour discuter du projet de documentaire — un contact davantage de l’ordre des relations publiques de l’Air Force que d’une opération de la CIA à proprement parler. Aucune source déclassifiée ne fait état d’un rôle de l’Agence dans un contact ou une négociation avec une entité extraterrestre à Holloman. L’association avec la CIA relève, comme souvent dans l’ufologie contemporaine, d’un raccourci qui confère au récit un supplément de gravité et de secret d’État.

Ce que dit — et ne dit pas — le dossier

Un demi-siècle après les faits allégués, aucun document authentifié, aucune plaque radar, aucun rapport d’incident consultable ne vient corroborer l’existence d’un atterrissage à Holloman en 1971. Ce que l’on peut établir avec certitude, en revanche, c’est la généalogie du récit : un projet de documentaire commandé avec l’aval de l’armée, huit secondes de film jamais authentifiées de façon indépendante, une narration télévisée soignée signée d’un acteur emblématique de la science-fiction, puis des décennies de témoignages ajoutés a posteriori, dont la cohérence interne s’effrite à mesure qu’on les compare.

L’affaire Holloman illustre ainsi un mécanisme bien identifié par les chercheurs en sociologie des croyances : moins il existe de preuves vérifiables, plus le récit se prête à l’enrichissement narratif. La date de l’incident varie selon les versions — 1964, 1971, « au début des années 1970 » —, le nombre d’engins et de témoins fluctue, et chaque nouvelle reprise médiatique introduit un détail que la précédente ignorait. Ces variations ne prouvent pas la fausseté d’un événement réel, mais elles sont typiquement celles d’une légende contemporaine construite par accumulation plutôt que d’un fait historique documenté.

Pourquoi l’histoire perdure

Si l’affaire Holloman continue de fasciner, c’est aussi parce qu’elle combine plusieurs ressorts puissants : le décor d’une base militaire secrète dans un désert déjà associé à Roswell, la figure d’un gouvernement qui « en sait plus qu’il ne dit », et la promesse toujours différée d’une preuve définitive — un film complet qui, années après années, resterait à portée de main sans jamais être montré. Ce schéma narratif, où la preuve est annoncée mais jamais produite, est l’un des ressorts les plus efficaces et les plus récurrents de la culture OVNI depuis Roswell.

À ce jour, l’affaire Holloman reste donc un cas d’école : un événement dont l’origine documentée est un projet télévisuel des années 1970, devenu au fil des reprises une véritable rencontre du troisième type dans l’imaginaire collectif — sans qu’aucun document officiel ne vienne jamais l’étayer.

Aucune archive du Projet Blue Book, aucun historique officiel de la base de Holloman et aucun document déclassifié ne confirment, à ce jour, l’atterrissage d’un engin extraterrestre sur cette base en 1971.

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