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La cité enfouie d’El Paso et le Roi de Bilk : entre mirage archéologique et grande mystification

Par hollowsoul · 22 janvier 2026

Dans la chaleur sèche du désert texan, là où le sable conserve mieux les secrets que les bibliothèques, circule depuis plus d’un siècle une histoire troublante : celle d’une cité ancienne, supposément aztèque, enfouie sous la ville moderne d’El Paso. Un récit apparu brusquement dans la presse du début du XXᵉ siècle… avant de disparaître presque aussi vite qu’il était né.

À la frontière du mythe, de l’illusion et de l’escroquerie savamment orchestrée, cette affaire demeure l’un des épisodes les plus étranges du folklore urbain américain.

Une découverte qui défiait toute logique

Aux alentours de 1904, un homme se présentant comme archéologue annonce avoir découvert, sous El Paso, les vestiges d’un vaste complexe cérémoniel précolombien. Selon ses déclarations, il s’agirait d’un temple monumental, accompagné de structures annexes et d’objets rituels attribués aux Aztèques.

Plus troublant encore : l’homme affirme travailler avec l’accord des autorités mexicaines de l’époque, prétendant disposer d’un mandat officiel pour mener ses fouilles. Les journaux s’emparent alors de l’affaire. L’idée qu’une civilisation mésoaméricaine avancée ait laissé une empreinte aussi septentrionale fascine le public.

Mais très vite, les incohérences s’accumulent.

L’énigmatique Dr. Berson

L’archéologue à l’origine de cette annonce se fait appeler Dr. Leo Berson. Aucun dossier académique solide ne permet toutefois de confirmer son existence réelle dans les cercles scientifiques de l’époque. Aucun musée, aucune université, aucune institution archéologique ne reconnaît ses travaux.

Aucun artefact n’est officiellement catalogué.

Aucune photographie exploitable ne circule.

Aucun rapport de fouilles n’est publié.

Puis, sans explication, Berson disparaît. Les fouilles cessent. Les annonces s’éteignent. La prétendue cité s’enfonce à nouveau dans le silence… comme si elle n’avait jamais existé.

Une imposture bien rodée ?

Avec le recul, de nombreux historiens et chercheurs indépendants estiment que cette “découverte” relevait probablement d’une mystification élaborée. À l’époque, les États-Unis sont friands de récits exotiques, d’archéologie spectaculaire et de civilisations perdues. Il ne fallait parfois que peu d’éléments pour convaincre un public avide de merveilles.

L’absence totale de preuves matérielles, combinée à l’inexistence documentaire de Berson, renforce l’hypothèse d’un canular savamment mis en scène, voire d’une tentative d’escroquerie intellectuelle ou financière.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Le Roi de Bilk : l’art de tromper avec élégance

Au fil des récits secondaires et des traditions orales, une figure singulière s’ajoute à l’affaire : celle du “Roi de Bilk”. Le terme “bilk” désigne une tromperie, une arnaque exécutée avec aplomb. Le Roi de Bilk ne serait donc pas un souverain… mais un maître de l’illusion.

Selon certaines interprétations, ce personnage serait soit un complice, soit une incarnation symbolique de Berson lui-même : un homme ayant su exploiter la crédulité collective, les failles de la presse et le goût du sensationnel.

Avec le temps, cette figure est devenue presque mythologique : un archétype du charlatan, roi sans couronne d’un empire bâti sur le mensonge et la fascination.

El Paso, une terre fertile pour les légendes

Il faut dire que le décor s’y prête. El Paso est une ville où les couches d’histoire s’empilent : cultures amérindiennes, colonisation espagnole, frontière mexicaine, expansion industrielle. À plusieurs reprises, des restes humains anciens ont été découverts lors de travaux urbains, rappelant que le sol conserve des mémoires bien plus anciennes que la ville actuelle.

Dans les montagnes voisines, les habitants évoquent encore des formes naturelles associées à des figures mythiques, notamment l’oiseau-tonnerre, entité légendaire des traditions amérindiennes. Autant d’éléments qui nourrissent un imaginaire propice aux récits de cités perdues.

Mythe enterré ou vérité effacée ?

À ce jour, aucune preuve archéologique sérieuse ne permet d’affirmer l’existence d’une cité aztèque sous El Paso. Les données connues sur l’extension réelle des civilisations mésoaméricaines rendent cette hypothèse hautement improbable.

Et pourtant, l’histoire persiste.

Parce qu’elle révèle autre chose qu’une simple imposture :

elle raconte notre fascination pour l’invisible, notre désir de croire que sous le béton moderne sommeille encore un monde ancien, intact, prêt à être redécouvert.

Peut-être que la véritable cité enfouie n’est pas sous El Paso…

mais dans notre imaginaire collectif, là où le doute, le mythe et la crédulité s’entrelacent.

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