Share

L’Énigme du Second Sphinx de Gizeh : Analyse des Preuves Archéologiques et Géophysiques

Par hollowsoul · 17 avril 2026

Le plateau de Gizeh, célèbre pour ses trois grandes pyramides et le Grand Sphinx, demeure l’un des sites archéologiques les plus scrutés au monde. Pourtant, une hypothèse persistante, alimentée par des textes anciens et des relevés technologiques modernes, suggère que le Grand Sphinx n’a jamais été une entité solitaire. La théorie de l’existence d’un « Second Sphinx » repose sur des fondements théologiques égyptiens, des représentations iconographiques et des anomalies géologiques détectées au sud de la structure actuelle.

La Dualité dans la Cosmologie Égyptienne

Pour comprendre la probabilité d’un second monument, il est impératif d’analyser la pensée religieuse de l’Ancien Empire. La civilisation égyptienne était profondément ancrée dans le concept de dualité (Maât), l’équilibre entre les forces opposées mais complémentaires. Cette dualité se retrouve dans la géographie même du pays (Haute et Basse Égypte) et dans son panthéon.

Le lion, figure centrale de la protection solaire, est presque systématiquement représenté par paire dans l’iconographie égyptienne. La divinité Aker, gardienne de l’horizon (l’Akhet), est composée de deux lions adossés, nommés Sef et Duau (Hier et Demain). Ces lions encadrent le passage du soleil durant son voyage nocturne. Selon plusieurs égyptologues indépendants, dont Bassam El Shammaa, il serait illogique, d’un point de vue rituel, que le plateau de Gizeh ne possède qu’un seul gardien léonin pour surveiller l’horizon des pyramides.

Les Témoignages de la Stèle du Rêve et de la Stèle de l’Inventaire

L’un des indices matériels les plus probants se trouve directement entre les pattes du Grand Sphinx actuel. La « Stèle du Rêve », érigée par le pharaon Thoutmôsis IV vers 1400 av. J.-C., commémore le désensablement du monument. Sur la lunette supérieure de cette stèle, on observe distinctement deux sphinx représentés en miroir, chacun assis sur un socle de temple. Si certains historiens y voient une simple convention artistique de symétrie, d’autres soulignent que les détails des socles diffèrent, suggérant la représentation de deux structures physiques distinctes situées sur le plateau.

De plus, la « Stèle de l’Inventaire », découverte par Auguste Mariette au XIXe siècle, mentionne que le Sphinx existait bien avant Khéops et qu’une structure similaire pourrait avoir été endommagée par la foudre. Bien que la datation de cette stèle soit contestée (elle daterait de la XXVIe dynastie mais prétend relater des faits de la IVe), elle corrobore l’idée d’un monument ancien ayant subi des dégradations majeures.

Les Données Géophysiques et l’Analyse par Satellite

Au-delà des textes, la science moderne a apporté des éléments concrets. Dans les années 1950, des photographies aériennes et, plus tard, des images satellites infrarouges de la NASA ont révélé des anomalies thermiques et structurelles sous le sable, à proximité de la pyramide de Khéphren.

L’égyptologue Bassam El Shammaa a passé plus d’une décennie à compiler des données topographiques montrant une butte de calcaire inexplorée, située à quelques centaines de mètres au sud du Grand Sphinx. Selon ses calculs, cette zone correspondrait géométriquement à l’emplacement symétrique nécessaire pour compléter la figure d’Aker. Les relevés radar à pénétration de sol (GPR) effectués dans les années 1980 par l’équipe de l’Université de Waseda (Japon) ont également détecté des cavités et des densités rocheuses anormales qui ne correspondent pas à la géologie naturelle du plateau, suggérant l’existence de fondations enfouies.

La Théorie de la Destruction Naturelle

Une question subsiste : si un second Sphinx existait, pourquoi n’est-il plus visible ? Les recherches suggèrent deux causes possibles : l’érosion différentielle et les catastrophes naturelles. Le calcaire du plateau de Gizeh est de qualité inégale. Le Grand Sphinx lui-même a nécessité de nombreuses restaurations dès l’Antiquité en raison de la fragilité de sa roche. Un second monument, taillé dans une veine de calcaire plus friable, aurait pu s’effondrer sous l’effet de crues exceptionnelles du Nil ou de séismes majeurs.

Certains textes arabes médiévaux, comme ceux de l’historien Al-Maqrizi, mentionnent l’existence de deux grandes statues de lion près des pyramides, l’une ayant été démantelée pour servir de matériau de construction lors de l’expansion de la ville du Caire ou suite à des actes de vandalisme religieux.

Les Obstacles aux Fouilles Officielles

Malgré ces indices, le Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes reste prudent. Les fouilles sur le plateau de Gizeh sont strictement réglementées pour préserver l’intégrité du site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. De plus, la zone suspectée par El Shammaa se trouve en partie sous une zone de passage touristique et des structures modernes, ce qui rend les excavations complexes.

Néanmoins, l’accumulation de preuves iconographiques, telles que les représentations de sphinx en couple sur les papyrus funéraires et les stèles royales, continue de soutenir l’hypothèse que le Grand Sphinx n’est que la moitié d’un complexe monumental plus vaste, conçu pour symboliser le passage éternel du temps et la protection des demeures d’éternité des pharaons.

Vous pourriez aussi aimer