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Fritz Haarmann, le « boucher de Hanovre » : quand la presse invente un vampire

Par hollowsoul · 30 juillet 2026

Contrairement au vampire de Highgate ou à celui de Croglin Grange, l’affaire Fritz Haarmann ne relève pas du folklore ou de la légende urbaine : c’est un fait divers criminel bien réel, l’un des plus sombres de l’histoire allemande du XXe siècle. Mais la façon dont la presse de l’époque a construit son image — jusqu’à le surnommer « le vampire de Hanovre » — en fait un cas d’école fascinant sur la manière dont un tueur en série peut, dans l’imaginaire collectif, se muer en créature de légende.

Une Allemagne à genoux

L’histoire de Fritz Haarmann se déroule dans le Hanovre de l’immédiat après-Première Guerre mondiale, une Allemagne exsangue, traversée par la misère, le chômage et l’afflux de jeunes hommes désœuvrés, souvent des fugueurs ou des sans-abri, gravitant autour des gares dans l’espoir de trouver de la nourriture ou un travail. C’est précisément dans cette population vulnérable que Haarmann va puiser ses victimes pendant plusieurs années, profitant du chaos social pour agir en toute discrétion.

Un passé déjà trouble

Né à Hanovre le 25 octobre 1879, Fritz Haarmann connaît dès son jeune âge une existence marquée par la délinquance : vols, escroqueries, agressions sur mineurs lui valent plusieurs séjours en institution avant même l’âge adulte. Il vit ensuite de petits trafics, notamment de viande au marché noir, une activité qui lui servira plus tard d’alibi commode pour justifier les taches de sang retrouvées dans son logement. Fait troublant, il entretient à plusieurs reprises des liens avec la police locale, agissant comme indicateur en échange d’une certaine tolérance sur ses propres activités illégales — une relation ambiguë qui contribuera sans doute à retarder sa capture.

Le début des meurtres

La première victime connue de Haarmann est Friedel Rothe, un adolescent de dix-sept ans en fugue, disparu en septembre 1918. C’est autour de cette époque que Haarmann commence à attirer de jeunes hommes et adolescents dans son logement, sous prétexte de leur offrir un abri, de la nourriture ou du travail, avant de les assassiner, généralement en les mordant ou en leur tranchant la gorge. Ce mode opératoire particulier lui vaudra, une fois l’affaire révélée, le surnom d' »homme-loup » en plus de celui de vampire.

Au début des années 1920, Haarmann rencontre à la gare centrale de Hanovre un jeune homme nommé Hans Grans, avec qui il entame une relation. Le couple s’installe dans un appartement du centre-ville, et c’est là que les meurtres reprennent avec une régularité inquiétante. Grans, d’abord simple témoin d’un des meurtres, devient peu à peu complice, orientant parfois Haarmann vers de nouvelles victimes et profitant de la revente de leurs effets personnels.

Des ossements dans la rivière

Pendant plusieurs années, les meurtres passent relativement inaperçus dans le chaos de l’après-guerre, les disparitions de jeunes marginaux n’alertant guère les autorités. Mais en 1924, des centaines d’ossements humains commencent à être découverts sur les rives de la Leine, la rivière traversant Hanovre. La panique gagne rapidement la population, qui réalise qu’un tueur en série sévit dans la ville depuis des années. La presse, avide de sensationnel, baptise alors le meurtrier inconnu « le boucher de Hanovre ».

L’arrestation

Haarmann est finalement interpellé le 22 juin 1924, après avoir été surpris en pleine altercation avec un adolescent de quinze ans. La perquisition de son logement, une pièce unique au deuxième étage d’un immeuble du centre-ville, révèle des sols, des murs et une literie largement maculés de sang, que Haarmann tente d’abord d’expliquer par son commerce de viande clandestin. Mais les enquêteurs retrouvent également des vêtements et des effets personnels appartenant à plusieurs jeunes hommes portés disparus, ce qui achève de le confondre.

Face aux preuves, Haarmann passe rapidement aux aveux, revendiquant même un nombre de victimes bien supérieur à celui finalement retenu par la justice, allant jusqu’à évoquer plusieurs dizaines de morts. Il se montre par la suite étonnamment coopératif avec les enquêteurs, les aidant à localiser les restes non encore découverts de ses victimes, ne perdant son calme que lorsqu’il se retrouve confronté aux familles des victimes ou lorsqu’il est question du détail de ses actes.

Un procès qui passionne l’Allemagne

Le procès de Fritz Haarmann s’ouvre le 4 décembre 1924 devant la cour d’assises de Hanovre et suscite un intérêt médiatique considérable dans toute l’Allemagne, la population réclamant un jugement rapide et exemplaire. Haarmann est jugé pour vingt-sept meurtres, et les rapports psychiatriques présentés au tribunal le déclarent pleinement responsable de ses actes. Le 19 décembre 1924, il est reconnu coupable de vingt-quatre des vingt-sept meurtres reprochés et condamné à mort par décapitation. À l’énoncé de la sentence, Haarmann se serait contenté de déclarer accepter le verdict pleinement et sans réserve.

Il est exécuté à la guillotine le 15 avril 1925. Conformément aux pratiques scientifiques de l’époque, sa tête est ensuite transmise à l’université de Göttingen à des fins d’étude médicale.

Pourquoi « vampire » ?

Le surnom de « vampire de Hanovre » tient directement à la méthode de mise à mort privilégiée par Haarmann : il tuait fréquemment ses victimes en leur mordant ou en leur tranchant violemment la gorge, un geste qui a immédiatement évoqué, dans l’imaginaire du public et de la presse de l’époque, la figure du buveur de sang. Ce surnom, associé à celui, tout aussi évocateur, de « boucher de Hanovre » en raison du dépeçage systématique des corps, a profondément marqué l’opinion publique allemande des années 1920 et a largement contribué à faire entrer cette affaire dans la mémoire collective bien au-delà des frontières du pays.

Un fait divers devenu mythe culturel

L’affaire Haarmann a durablement marqué la culture populaire allemande de l’entre-deux-guerres, résonnant notamment dans le climat d’angoisse urbaine qui traverse le cinéma expressionniste de l’époque, dont le film M le Maudit de Fritz Lang, sorti quelques années plus tard, est souvent considéré comme l’un des échos les plus directs. Plus largement, l’histoire de Haarmann illustre la façon dont un tueur en série bien réel peut, sous l’effet conjugué de la presse et de l’imaginaire collectif, se retrouver affublé des mêmes attributs qu’une créature de légende — la frontière entre fait divers et folklore s’avérant, dans l’Allemagne traumatisée des années 1920, étonnamment poreuse.

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