Le col de Petrohan, passage mythique traversant la Stara Planina en Bulgarie, est habitué aux brumes épaisses et aux légendes de bergers. Pourtant, en ce mois de février 2026, il est devenu le centre d’une tragédie dont la noirceur dépasse l’entendement. Six corps, deux sites distincts et une mise en scène macabre ont plongé le pays dans une stupeur que les autorités comparent désormais à une version réelle de la série Twin Peaks.
Le Brasier de la Loge : Un Adieu Filmé
Tout commence le 2 février 2026. Les pompiers sont alertés par un panache de fumée s’élevant d’une loge de montagne isolée, non loin de la route principale du col. Dans les décombres calcinés, trois corps sont identifiés : Ivaylo Ivanov, un avocat de renom ; Decho Vasilev, expert-comptable ; et Plamen Statev, un instructeur de spéléologie expérimenté.
L’horreur prend une dimension surréelle lorsque les enquêteurs visionnent les images d’une caméra de surveillance épargnée par les flammes. La séquence montre les trois hommes, calmes et résolus. Ils s’embrassent fraternellement, échangent des paroles d’adieu — « Pour moi, ce fut un honneur ! » — avant d’allumer méthodiquement l’incendie et de se donner la mort par arme à feu. Aucune trace de lutte n’a été relevée, suggérant un acte volontaire et coordonné.

Le Second Acte : Le Camping-car de l’Okolchitsa
L’affaire prend un tournant encore plus tragique le 8 février, à une centaine de kilomètres de là. Près du pic Okolchitsa, les autorités découvrent un camping-car appartenant au chef présumé du groupe. À l’intérieur gisent trois nouvelles victimes :
- Ivaylo Kalushev, leader de l’organisation.
- Nikolay Zlatkov, un jeune homme de 22 ans.
- Alexander, un adolescent de seulement 15 ans.
Contrairement au premier site, les preuves suggèrent ici un scénario de meurtre suivi d’un suicide. L’adolescent et le jeune homme auraient été exécutés par Kalushev avant que ce dernier ne retourne l’arme contre lui.
L’Ombre des « Rangers » : Écologie et Mysticisme
Au cœur de cette hécatombe se trouve l’organisation NACPA (Agence Nationale de Contrôle des Zones Protégées), surnommée les « Rangers ». Officiellement, ce groupe paramilitaire luttait contre le trafic illégal de bois et assistait la police des frontières.
Cependant, l’enquête révèle une structure aux dérives sectaires. Les « Rangers » pratiquaient un syncrétisme troublant, mêlant protection fanatique de la nature et mysticisme tibétain. Des drapeaux de prière, des statues de divinités et des textes ésotériques ont été retrouvés sur les deux sites. Selon plusieurs témoignages, Ivaylo Kalushev exerçait une influence psychologique totale sur ses membres, les entraînant dans une vision du monde apocalyptique.
Entre Délire Collectif et Silence Forcé
Face à ce drame, deux thèses s’affrontent dans l’opinion publique et chez les enquêteurs :
- La Psychose Collective : Le groupe, isolé dans les montagnes et radicalisé par son leader, aurait succombé à un délire mystique, choisissant l’autodestruction pour « sauver » leurs âmes ou protester contre la corruption du monde moderne.
- Le Témoignage Fatal : En tant que gardiens des forêts frontalières, les Rangers auraient pu être les témoins gênants de trafics de grande ampleur impliquant des sphères politiques ou criminelles. La mise en scène du suicide collectif ne serait alors qu’un camouflage sophistiqué pour une exécution de masse.
Un Mystère en Suspens
À ce jour, le procureur général de Bulgarie parle d’une « instabilité psychologique exceptionnelle » pour décrire les membres du groupe. Mais pour ceux qui connaissent le col de Petrohan, le sentiment est différent. Entre les murmures du vent dans les hêtres et le silence des sommets enneigés, on ne peut s’empêcher de penser que ces six hommes ont emporté avec eux un secret que la justice aura bien du mal à exhumer.
L’affaire Petrohan restera gravée comme le rappel brutal que les montagnes les plus calmes cachent parfois les tempêtes humaines les plus dévastatrices.
