Néfertiti est sans doute l’une des figures les plus célèbres de l’Égypte antique. Épouse du pharaon Akhenaton, reine puissante de la XVIIIe dynastie, elle incarne à la fois l’esthétique, la révolution religieuse amarnienne et une autorité politique longtemps sous-estimée. Pourtant, malgré sa notoriété exceptionnelle, un mystère demeure entier : aucune tombe formellement attribuée à Néfertiti n’a jamais été identifiée.
Depuis plusieurs années, une hypothèse revient régulièrement dans les cercles égyptologiques et auprès du grand public : la momie KV21B, découverte dans la Vallée des Rois, pourrait être celle de Néfertiti. Cette théorie, séduisante mais controversée, repose sur un faisceau d’indices archéologiques, biologiques et contextuels qu’il convient d’examiner avec rigueur.

La tombe KV21 : une découverte énigmatique
La tombe KV21 est située dans la Vallée des Rois, un lieu normalement réservé aux pharaons et à certains membres de la famille royale. Découverte au début du XIXe siècle, elle contenait deux momies féminines, désignées par convention comme KV21A et KV21B.
La tombe est modeste, sans décor significatif, et surtout sans inscriptions identifiant clairement les défunts. Cette absence est inhabituelle pour des sépultures associées à des femmes de haut rang, mais elle n’est pas sans précédent dans un contexte de réaménagements funéraires tardifs ou de troubles politiques.
KV21B, en particulier, intrigue par plusieurs caractéristiques :
– une morphologie compatible avec une femme adulte de rang élevé
– une datation correspondant approximativement à la fin de la XVIIIe dynastie
– une absence totale d’attributs nominaux ou titulaires
Ces éléments ont ouvert la voie à de nombreuses spéculations.
Néfertiti : disparition historique et silence des sources
Néfertiti disparaît brutalement des archives officielles vers la fin du règne d’Akhenaton. Les inscriptions cessent de la mentionner, sans explication claire. Plusieurs hypothèses ont été avancées : décès prématuré, disgrâce politique, changement d’identité royale, voire accession au trône sous un autre nom.
Quelle que soit la réalité, aucune tombe identifiée de Néfertiti n’a été retrouvée, ni à Amarna ni à Thèbes. Cette absence est d’autant plus troublante que d’autres membres de la famille amarnienne sont relativement bien documentés sur le plan funéraire.
Dans ce contexte, toute momie féminine anonyme datable de cette période devient un candidat potentiel.
Les arguments en faveur de l’hypothèse KV21B
Un profil génétique compatible avec la lignée amarnienne
Des analyses ADN ont été menées sur les momies de KV21. Les résultats, bien que fragmentaires en raison de l’état de conservation, suggèrent que KV21B pourrait appartenir à la famille proche d’Akhenaton. Cette donnée est essentielle : Néfertiti, en tant qu’épouse royale, s’inscrit naturellement dans ce cercle génétique, même si son ascendance exacte reste débattue.
Il convient toutefois de souligner un point crucial : aucun échantillon génétique formellement identifié comme étant celui de Néfertiti n’existe, ce qui empêche toute confirmation définitive.
Une sépulture atypique mais compatible avec un contexte de crise
La fin de la période amarnienne est marquée par une volonté de retour à l’orthodoxie religieuse et par une damnatio memoriae partielle de l’hérésie d’Aton. Dans ce contexte, il est plausible que certaines figures majeures aient été enterrées discrètement, voire déplacées, pour éviter toute glorification posthume.
Une inhumation secondaire, dans une tombe non décorée et sans inscription, pourrait correspondre à ce climat politique instable.
Une datation cohérente
Les analyses anthropologiques et les éléments de contexte placent KV21B dans une période compatible avec la vie de Néfertiti. Si cet élément n’est pas suffisant en soi, il renforce néanmoins la plausibilité globale de l’hypothèse.
Les limites et objections majeures
Malgré ces éléments, plusieurs objections importantes doivent être prises en compte.
– L’absence totale de preuves directes : aucun cartouche, aucun titre, aucun objet funéraire nominatif n’est associé à KV21B.
– L’ADN incomplet : les données génétiques sont trop fragmentaires pour permettre une identification formelle.
– D’autres candidates possibles : KV21B pourrait tout aussi bien être une princesse amarnienne, une épouse secondaire royale ou une grande dame de la cour.
De nombreux égyptologues estiment donc que l’attribution à Néfertiti relève davantage de la conjecture que de la démonstration scientifique.
Conclusion : une hypothèse séduisante, mais non démontrée
L’idée que la momie KV21B puisse être celle de Néfertiti est indéniablement fascinante. Elle s’inscrit dans un vide documentaire réel et s’appuie sur des indices compatibles, mais aucun élément ne permet aujourd’hui de conclure avec certitude.
KV21B reste avant tout ce qu’elle est objectivement : une momie féminine anonyme de la fin de la XVIIIe dynastie, potentiellement liée à la famille amarnienne, mais dont l’identité exacte demeure inconnue.
Comme souvent en égyptologie, le mystère persiste là où les sources se taisent. Et peut-être est-ce précisément ce silence qui continue de nourrir la légende de Néfertiti, reine sans tombe, reine sans certitude, mais reine éternelle dans l’imaginaire collectif.
