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Les frères Justin et Glenn Taylor Helzer

Par hollowsoul · 1 janvier 2026

Quand la foi devient une arme et le délire, une doctrine meurtrière

À la fin des années 1990, alors que l’Amérique se persuade d’avoir relégué les grandes peurs collectives au rang des vestiges du passé, une affaire criminelle d’une violence inouïe vient fissurer cette illusion. En Californie, deux frères, Justin Helzer et Glenn Taylor Helzer, s’engagent dans une spirale de crimes où le meurtre n’est plus un acte transgressif, mais un commandement divin.

Ce qui distingue leur affaire de tant d’autres n’est pas seulement l’horreur des faits, mais la logique glaçante qui les sous-tend : un système de croyances délirantes, structuré, assumé, et revendiqué comme une mission sacrée.

Une enfance sous le sceau d’une foi rigide

Les frères Helzer grandissent dans un environnement profondément marqué par la religion mormone. Discipline morale stricte, lectures bibliques omniprésentes, vision manichéenne du bien et du mal : leur univers d’enfance laisse peu de place au doute ou à la nuance.

Si ce cadre n’engendre pas mécaniquement la violence, il forge néanmoins une relation particulière au sacré, où l’autorité divine surplombe toute loi humaine.

Très tôt, Justin Helzer, l’aîné, se distingue par un tempérament instable. Colérique, imprévisible, incapable de s’intégrer durablement, il oscille entre rejet de l’institution religieuse et fascination obsessionnelle pour la symbolique biblique. Il ne renonce pas à Dieu : il le réinvente, le réinterprète, jusqu’à s’en faire le porte-voix autoproclamé.

Glenn Taylor Helzer, plus jeune, apparaît quant à lui fragile, effacé, dépendant psychologiquement. Là où Justin impose, Glenn suit. Là où l’un affirme, l’autre acquiesce.

La naissance d’un prophète moderne

À l’approche de l’an 2000, Justin Helzer bascule définitivement dans un délire messianique structuré. Il affirme recevoir des révélations divines, se présente comme un nouvel élu chargé de préparer l’humanité à un bouleversement imminent. Selon lui, le monde est corrompu, condamné, et seule une purification violente permettrait d’en hâter la rédemption.

Justin élabore une doctrine personnelle mêlant références bibliques, visions apocalyptiques et interprétations ésotériques. Il se perçoit comme le chef d’un mouvement embryonnaire parfois désigné sous le nom de “Children of Thunder”, un groupe sans réelle structure, mais doté d’une idéologie claire : certains sacrifices seraient nécessaires.

Dans cette logique, tuer n’est plus un crime. C’est un acte obéissant à un ordre supérieur.

Le premier passage à l’acte

En 1999, la théorie devient réalité. Les frères Helzer ciblent Ivan Stineman, un homme qu’ils connaissent et qu’ils estiment pouvoir exploiter financièrement. Le mobile officiel est l’extorsion, mais l’arrière-plan idéologique est déjà bien présent : l’argent doit servir à financer la mission divine de Justin.

Stineman est kidnappé, battu, puis assassiné. Son meurtre n’est pas dissimulé avec soin, comme si la mort de cet homme n’était qu’une formalité, une étape nécessaire sur un chemin tracé par Dieu lui-même.

Ce premier homicide agit comme un point de non-retour. La violence n’est plus un fantasme mystique. Elle est désormais intégrée au réel.

Le massacre de la famille Taylor

Quelques semaines plus tard, l’affaire bascule dans l’horreur absolue. Les frères Helzer s’en prennent à la famille Taylor, des proches de Glenn. Parmi les victimes figurent une femme, sa fille adolescente et son jeune fils. Les meurtres sont commis à l’arme blanche, avec une brutalité extrême, dans un contexte que Justin décrit froidement comme un sacrifice nécessaire.

Il ne s’agit plus d’un crime opportuniste, mais d’un rituel. Une mise à mort pensée comme un acte purificateur.

Les corps sont ensuite jetés dans un canal, lestés, dans une tentative désespérée d’effacer les traces. Mais l’horreur, elle, est indélébile.

Arrestation et chute du mythe

La fuite des frères Helzer est brève. Les incohérences de leurs récits, les témoignages et les preuves matérielles conduisent rapidement les enquêteurs jusqu’à eux. Lors des interrogatoires, Justin Helzer ne renie rien. Il revendique ses actes, affirmant avoir obéi à la volonté divine.

Glenn, en revanche, apparaît brisé, oscillant entre culpabilité, confusion et soumission persistante à l’autorité de son frère. Il reconnaît les faits sans jamais réellement en saisir la portée morale, comme si sa conscience avait été dissoute dans celle de Justin.

Un procès entre foi, folie et responsabilité

Le procès des frères Helzer met en lumière un mélange explosif : fanatisme religieux, troubles psychiatriques et manipulation psychologique. Les experts décrivent chez Justin un délire mystique cohérent, structuré, mais non délirant au point d’abolir totalement le discernement pénal.

Autrement dit, Justin savait ce qu’il faisait. Et surtout, il savait que la société le considérait comme un criminel. Cela n’a jamais entamé sa certitude d’agir pour le bien.

Verdict et condamnations

En 2003, Justin Helzer est condamné à mort. Il rejoint le couloir de la mort californien, devenant l’un des symboles les plus glaçants du fanatisme religieux criminel aux États-Unis.

Glenn Taylor Helzer est condamné à plusieurs peines de prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. Sa peine reflète son rôle d’exécutant, tout en reconnaissant l’ampleur irréparable des crimes commis.

Quand Dieu devient un alibi

L’affaire des frères Helzer s’inscrit dans une longue lignée de crimes mystiques modernes, aux côtés de figures comme Charles Manson ou les frères Lafferty. Elle rappelle une vérité dérangeante : la foi, lorsqu’elle se détache de toute limite morale et sociale, peut devenir une arme redoutable.

Justin Helzer ne se voyait pas comme un monstre. Il se voyait comme un élu. Et c’est peut-être là que réside l’horreur ultime : lorsque le mal ne se cache plus, mais se proclame juste.

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