L’affaire du « Mothman » (l’Homme-Papillon) ne se résume pas à une simple observation de créature cryptide. C’est un dossier complexe où se mêlent ufologie, parapsychologie et tragédie humaine. Pendant treize mois, la petite ville de Point Pleasant, en Virginie-Occidentale, est devenue l’épicentre d’une « zone de haute étrangeté ».
I. La Genèse : Les premières incursions (Novembre 1966)
Bien que la culture populaire retienne la date du 15 novembre, le phénomène débute officiellement trois jours plus tôt.
- 12 novembre 1966 (Clendenin, WV) : Cinq fossoyeurs travaillant dans un cimetière local rapportent avoir vu une « forme humaine brune et ailée » décoller des arbres et survoler leurs têtes. Ce témoignage, bien que crédible, restera dans l’ombre de l’incident suivant.
- 15 novembre 1966 (La zone « TNT ») : Vers 23h30, deux jeunes couples, les Scarberry et les Mallette, circulent près d’un ancien dépôt d’explosifs de la Seconde Guerre mondiale (la zone TNT). Ils aperçoivent deux lueurs rouges près d’une ancienne usine. En s’approchant, ils découvrent une créature de plus de deux mètres de haut, dotée de larges ailes repliées dans le dos et d’yeux rouges incandescents.
- La poursuite : Pris de panique, ils s’enfuient à bord de leur Chevy 57, roulant à plus de 160 km/h. La créature les suit sans effort, planant au-dessus de la voiture sans battre des ailes, tout en émettant un cri strident comparable à celui d’un « disque tournant à grande vitesse ».

II. Morphologie et Comportement de l’Entité
L’analyse croisée de plus de 100 témoignages recueillis entre 1966 et 1967 permet de dresser un portrait-robot constant :
- Stature : Entre 2,10 et 2,40 mètres.
- Ailes : D’une envergure de 3 mètres, elles ne semblent pas nécessaires à sa propulsion (vol stationnaire et ascension verticale rapide sans battement).
- Regard : Des yeux rouges, larges, situés au niveau des épaules (absence de cou distinct). Ils possèdent une qualité hypnotique et luminescente.
- Effets physiologiques : Les témoins ont rapporté des conjonctivites sévères (surnommées « l’œil du Mothman »), des nausées et un sentiment de terreur pure et irrationnelle.
III. La Chronologie de l’Escalade (Décembre 1966 – Décembre 1967)
Le phénomène s’intensifie, touchant toutes les couches de la population.
- 16 novembre 1966 : Marcella Bennett, en visite chez des amis dans la zone TNT, est terrifiée par la créature qui se lève derrière une voiture garée. Elle décrit l’entité comme ayant des yeux « plus gros que des billes ».
- Hiver 1966-1967 : La ville est en état de siège. Des chasseurs armés patrouillent la zone TNT. Les rapports d’OVNIs se multiplient. Mary Hyre, journaliste locale pour le Messenger, commence à recevoir des centaines d’appels.
- L’intervention de John Keel : Journaliste et enquêteur paranormal, Keel arrive à Point Pleasant. Il note que les observations de Mothman s’accompagnent systématiquement d’interférences électroniques (télévision, radio) et d’observations de lumières inexpliquées dans le ciel.
IV. Le Phénomène de Haute Étrangeté : Les Hommes en Noir
C’est ici que l’affaire bascule du domaine de la zoologie vers celui de l’inexpliqué total. Des individus étranges commencent à apparaître en ville.
- Les Men in Black (MIB) : Des hommes au teint basané, aux traits asiatiques ou sans rides, vêtus de complets noirs neufs, circulant dans des Cadillac noires, commencent à interroger les témoins du Mothman. Ils posent des questions absurdes et menacent parfois ceux qui souhaitent parler à la presse.
- Indrid Cold (The Grinning Man) : Un cas lié à Woodrow Derenberger, qui affirme avoir rencontré une entité humanoïde nommée Indrid Cold sur une autoroute. Cold communiquait par télépathie et affichait un sourire figé et inquiétant. Bien que distinct du Mothman, Keel considère que ces entités appartiennent au même « spectre de réalité ».
V. Le Point Culminant : La Tragédie du Silver Bridge
Le 15 décembre 1967, à 17h04, le Silver Bridge, reliant Point Pleasant à Kanauga (Ohio), s’effondre dans les eaux glacées de la rivière Ohio en pleine heure de pointe.
- Le bilan : 46 morts, dont deux corps qui ne furent jamais retrouvés.
- Le lien : Plusieurs témoignages (controversés mais persistants) affirment avoir vu le Mothman perché sur les structures du pont quelques jours, voire quelques heures avant la catastrophe.
- La fin des apparitions : Après l’effondrement, les observations du Mothman à Point Pleasant cessèrent quasi instantanément. La créature fut alors perçue non plus comme un prédateur, mais comme un messager de malheur ou un présage (Harbinger).
VI. Analyse Critique et Théories
Pour comprendre l’affaire, il faut croiser les disciplines :
1. L’hypothèse biologique (Le Scepticisme)
L’explication la plus rationnelle proposée par le Dr Robert Smith (biologiste à l’Université de Virginie-Occidentale) suggère que les témoins ont confondu l’entité avec une Grue du Canada (Sandhill Crane). Cet oiseau de grande taille possède des cercles rouges autour des yeux qui peuvent paraître luminescents la nuit. Cependant, cette théorie n’explique ni la vitesse de vol signalée, ni les interférences électromagnétiques.
2. L’hypothèse de l’Ultraterrestre (John Keel)
Keel a rejeté l’idée que le Mothman vienne d’une autre planète. Il a théorisé l’existence de « Trans-Medium Entities » — des êtres issus d’autres dimensions ou de spectres électromagnétiques que nous ne percevons normalement pas, et qui « interfèrent » avec notre réalité lors de périodes de tension géophysique ou sociale.
3. L’hypothèse de la Malédiction
Certains locaux évoquèrent la « Malédiction de Cornstalk », lancée par un chef Shawnee exécuté injustement à Point Pleasant en 1777. Le Mothman serait alors une manifestation occulte liée au sol même de la ville.
VII. Conclusion : L’Héritage d’un Mythe Moderne
L’affaire du Mothman reste l’un des dossiers les plus documentés de l’histoire du paranormal. Elle a redéfini la manière dont nous percevons les anomalies : elles ne sont jamais isolées. Un cryptide attire des OVNIs, qui attirent des MIB, qui annoncent une catastrophe.
Aujourd’hui, une statue de métal trône au centre de Point Pleasant, rappelant que pour les habitants, ce qui s’est passé en 1966 n’était ni une illusion, ni un oiseau, mais une intrusion brutale de l’Inconnu dans leur quotidien.
