Janvier 1938. Alors que l’Amérique panse encore les plaies de la Grande Dépression, une petite communauté de l’Alabama bascule dans la terreur pure. Pendant 48 heures, la ville de Mobile est devenue le théâtre d’une traque surréaliste pour débusquer une créature que la presse locale finira par baptiser : Le Frankenstein de Fisher’s Alley.
Retour sur l’un des dossiers les plus étranges de la cryptozoologie urbaine américaine.
Une hystérie collective foudroyante
Tout commence dans les quartiers nord de Mobile. Des rapports alarmants parviennent à la police : des fidèles de l’église Truvine affirment avoir été pris en chasse par une silhouette monstrueuse dans l’obscurité des ruelles.
L’effet domino est immédiat. En l’espace de quelques heures, la peur paralyse le quartier. Près de 300 citoyens, armés de fusils, de machettes et de pics à glace, s’organisent en milices improvisées. La police, dépassée par l’ampleur du phénomène, fait patrouiller ses voitures sirènes hurlantes pour tenter de calmer — ou de débusquer — ce qui rôde dans l’ombre.

Un portrait-robot aux mille visages
Ce qui rend l’affaire du Frankenstein de Fisher’s Alley (ou le « Monstre de Marmotte Street ») fascinante pour tout enquêteur du paranormal, c’est la mutabilité de sa forme. Selon les témoins, la bête changeait d’apparence :
- Pour certains : Un animal à « écailles de dinosaure » et aux poils phosphorescents.
- Pour d’autres : Un loup-garou massif (le loup-garou des légendes cadiennes) ou un hybride entre un ours et une panthère.
- Les dimensions : Elles variaient de la taille d’un gros chien à celle d’un éléphant.
L’incident le plus grave concerne S.L. Bowman. Il se présenta au poste de police, le cou ensanglanté par de profondes lacérations. Son témoignage est digne d’une nouvelle de terreur : une créature de deux mètres de long, recouverte d’une fourrure noire épaisse, l’aurait attaqué avant d’être mise en fuite par son père armé d’une hache.
Entre zoologie et fantasme social
Face à la psychose, les autorités tentèrent de rationaliser l’événement. L’examen des empreintes par les officiers de police suggéra la présence d’un ours des marais ou d’une panthère noire égarée. Pourtant, la population refusait ces explications simples.
La rumeur voulait que les balles rebondissent sur la « cuirasse » du monstre, une caractéristique qui rappelle étrangement les thèmes des films d’horreur de l’époque (le film Frankenstein de James Whale était sorti quelques années plus tôt, en 1931).
L’analyse de Mysterium Incognita : > Ce cas illustre parfaitement comment une menace bien réelle (probablement un prédateur sauvage) peut être transcendée par l’imaginaire collectif. Dans un climat de tension sociale, le cerveau humain projette ses propres démons sur une ombre furtive, transformant un animal en un « monstre de cinéma ».
La disparition
Aussi brutalement qu’il était apparu, le monstre s’évapora. Après deux jours de siège, les battues dans les marécages voisins ne donnèrent rien. Le « Frankenstein » de l’Alabama retourna au néant, laissant derrière lui des témoins traumatisés et une légende qui, près d’un siècle plus tard, continue de hanter les archives du paranormal.
